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Déconfinement ou les stigmates du post confinement…

by Glose
Déconfinement ou les stigmates du post confinement…

2020 : 2 mois et demi de vie « normale », 2 mois de confinement, 3 semaines de déconfinement… le calendrier 2020 ne cesse de surprendre et n’est pas terminé . Mais on sait déjà qu’il marquera à jamais nos esprits…

 

 

 

Depuis J+1 du déconfinement, j’erre dans mon appartement comme une âme en peine. Je suis sonnée comme si j’avais pris un coup de massue agrémenté d’un double effet « Kiss Cool » longue durée…

 

Déconfinement…
Déconfiture…
Déconfite…

 

Je suis « pas là ».
Je n’ai jamais été à la fois mal dans ma peau et absente de mon propre corps. Comme si j’avais déserté mon enveloppe corporelle qui elle en a profité pour s’octroyer « plus de chairs ». La traîtresse. Cette « absence » est sans aucun doute une réaction de défense à la violence d’un confinement qui a entravé un corps de son entière liberté de mouvements sur un périmètre restreint. Être attachée à un poteau avec un fil à la patte d’un kilomètre de long aurait eu le même effet.
Aujourd’hui, on nous octroie un peu plus de liberté. Je devrais être joie. Youpi.
En fait, je suis loin d’être la même nana « qu’avant ». Je n’ai plus le même entrain ni la même joie dans ce monde dit « d’Après ». (dénomination un poil ridicool…)
Est-ce parce que j’ai muselé trop longtemps mes envies ?
Car le confinement a changé la disquette de mes pensées, remodelant mes habitudes dans le but de supporter évidemment cette prison d’un nouveau genre. Je n’aurais jamais imaginé qu’avoir autant été contrainte laisse quelques traces sur le psychisme au bout de 55 jours enfermée dans ses propres murs douillets. Une expérience que je ne veux pas renouveler. Suis-je sujette à des symptômes de stress post-traumatique ? Cette nouvelle vie proposée par le déconfinement est loin de me réjouir. Me déprime même.
Au début, j’imaginais un off/on, un retour à la vie normale, pas un off/demi-on

 

 

○ 2020 au temps du déconfinement ○


 

Ne plus distinguer les jours et se lever chaque matin avec la tête lourde, réveillée par des angoisses nocturnes, se sentir souvent déphasée, lente et sans peps. On « overthink« . Beaucoup. On finit par psychoter et à se ronger les sangs…
Sortir à demi-cachée par un masque, se laver les mains régulièrement dans la rue, se méfier de son prochain en gardant toujours une bonne distanciation sociale de un mètre minimum, attendre dans les longues files d’attente des boutiques, toujours tout laver en rentrant, voir le métro comme une zone de haute contamination, ne plus pouvoir : se poser en terrasse, aller au cinéma-théâtre, se projeter en voyage, plus de resto entre potes, plus de rv Tinder dans un bar, ni de drague impromptue dans un bar de nuit. Continuer à prendre du poids, à ne plus faire attention à soi car fini les sorties . Fini l’insouciance, la bise, les serrages de mains. Finis tous ces gestes qui nous unissent et nous humanisent. Disparus. On reste entre soi. Pas plus de 10. On a peur de celui ou celle qu’on ne connaît pas. Le monde sans contact a de beaux jours. Et c’est pas la vie…

 

 

 

○J-1 : ouverture des terrasses de bar à Paris ○


 

Après 6 semaines de confinement sans nuage, mes 2 dernières semaines ont été presque un calvaire. Même solitaire dans l’âme, la solitude a ses limites.
Je me rends compte que pour garder un équilibre « mental » on a besoin de l’autre. Et plus particulièrement des inconnus. Ceux de la rue, du métro, du supermarché, des bars et soirées, etc. Pas seulement ses proches, amis et collèges. Je préfère être seule et noyée dans la masse humaine qu’à deux chez moi dans mon appart-prison-refuge. D’ailleurs, j
‘aime beaucoup ce passage de l’article « Depuis les ténèbres qu’avons-nous appris ? » de Eva Illouz.

 

Mais si nous avons appris quelque chose durant cette période, c’est que la maison ne peut pas réparer l’absence d’un monde partagé. La production et la consommation sont devenues les principaux moyens par lesquels les contemporains créent leur propre sens des valeurs, socialisent et forgent jusqu’à leur vie intime. Le travail est l’endroit où nous exerçons nos compétences, il nous donne un but et un statut. Les loisirs nous procurent des expériences de plaisir, des occasions de jeu et la possibilité de voir et d’être vus par les autres. En confinement, nous avons ainsi appris que la maison n’est supportable que lorsque le monde extérieur y est intégré via la télévision, Internet ou les services de livraison


« La maison est supportable que si le monde extérieur y est intégré ».
On aura jamais autant parlé de cet extérieur comme cet autre vital…
En tant que blogueuse, je me rends compte combien les événements et soirées blogueurs font partie de mon paysage depuis 9 ans. Il m’est arrivé d’en avoir marre de jouer le jeu de la représentation sociale mais aujourd’hui, c’est le vide. Ce confinement m’a appris que j’en avais besoin. Besoin de la présence des autres même superficielle…

 

À J+ 1 semaine, j’ai revue une amie puis deux. J+ 3 semaines : trois-quatre-dix amis. On a parlé, on avait besoin de beaucoup parler. Plus je parlais, plus mes angoisses s’atténuaient. Je me suis même demandée comment j’avais pu avoir des pensées aussi tordues sur untel ou sur telle chose. Comment j’ai pu autant me torturer l’esprit, retourner certaines choses dans leurs formes les plus vicieuses. Ce n’est vraiment pas bon de rester enfermée seule avec ma sensibilité et mon petit vélo qui pédale dans ma tête…
Ces touches de sociabilisation chez les uns et les autres font du bien au moral, sont des signes encourageants qu’un retour à la normal s’opère progressivement.
Tout va finir par rentrer dans l’ordre… mais doucement. Tout ça n’est qu’une phase de transition comparable à un jetlag finalement…

 


Lundi 1er juin 2020, à la veille de l’ouverture des terrasses parisiennes et la levée des 100 km, je repense à cette citation :

« La taille de nos problèmes dépend uniquement de l’importance qu’on leur accorde »

(l’effet jumelle)


Une phrase pleine de bons sens qui interpelle si on lui accorde une réelle attention.
Tout dépendra de la taille du problème.
N’est-ce pas ? … 

 

 

 


Masque porté en photo de Une :  Palmier et Aioli

 

 

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