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[En] Joy : l’arrivée d’une nouvelle figure sur Glose

by Glose

JOY-CHAMPAGNE-cHaChA

Je vous en parlais pour septembre, la capricieuse a préféré débarquer en octobre…

Joyce Mestman – dit « Joy » pour les intimes- est un personnage de fiction sorti tout droit de mon roman « Les boîtes ».
Parisienne, baby trentenaire (31 ans), elle rêve d’être journaliste. En attendant, elle cumule les petits boulots, participe à une radio associative et cultive sa bonne humeur…

Extirpée de l’objet livre – support qui l’a fait naître – elle prendra ses libertés en évoluant sur le net. Quand la frontière entre les feuilles d’un roman et les pages virtuelles du web s’efface, le personnage peut prendre une nouvelle essence, s’offrant un nouveau souffle, une seconde vie.
En GUEST, elle viendra troubler les chroniques et les mises en scène de Glose, selon son gré. Elle s’exprimera soit par une phrase laconique, soit en quelques lignes pour vous faire part de son humeur, de ses réflexions, d’une anecdote, son histoire de la veille, ou de sa dernière virée entre copines. Elle a promis de ne pas trop être rasoir, ni de trop s’épancher… wait and see !

Joy a pris « apparence », s’est pixelisée grâce au talent de l’illustratrice cHaChA. Maquettiste de métier, c’est le plaisir et l’envie de relever un certain défi, qui l’a poussée à « croquer » le personnage. En lui créant son avatar, elle vient de lui offrir sa première identité visuelle sur le web. Deux autres expressions récurrentes de Joy viendront par la suite.
L’exercice est plutôt réussi, non ? N’hésitez pas à laisser à cHaChA un petit message en commentaire…

 

Pour mieux faire connaissance avec Joy, je vous ai choisi un extrait des « Boîtes » où elle apparaît sur plusieurs scènes :

 

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[Appartement de Joy, 9h00]

Le téléphone de Joy retentit. Clope coincée entre les lèvres, elle bougonne et décroche le combiné avec nonchalance. A l’autre bout du fil, sa mother qui s’adresse à elle comme à une môme de quatorze ans. Fidèle à ses habitudes, agacée, Joy raccroche. Le téléphone sonne une seconde fois. Elle le regarde dédaigneusement et s’éloigne. Son mobile prend le relais. « Mais lâche-moi deux secondes !». A la fin de la sonnerie, elle soupire mais de courte durée : son téléphone gémit de nouveau. Elle l’empoigne sauvagement.
– C’est Grace. Pas facile de te joindre ! Ton fixe est occupé, tu mets dix ans à décrocher…
– Quel bon vent t’amène ?
– Je t’emmène à un food-dating, rit Grace.
– Un quoi ? Je crois que j’ai mal entendu là.
– Un FOOD-DATING.
– Ok, j’avais bien entendu. Le dîner de la « chope », quoi.
– Tu n’as pas l’air enthousiaste…
– Pas vraiment non. On est plutôt bien alimentée pour aller aux « restos du cœur » ! Merci d’avoir pensé à moi. Très touchée.
– Non arrête. Je pense vraiment qu’on peut se marrer. Et puis ça change un peu, non ?
– Dîner en compagnie d’inconnus avec pour fond sonore une cloche qui t’alarme que tu dois changer de siège… ce n’est pas commun, c’est certain.
– Tu vois…Ça rentre dans ta logique des découvertes perpétuelles !
– Dis plutôt que les filles ont refusé et que je reste ton dernier recours !
Ce mode de rencontres forcées n’enchante guère Joy. Puis elle pense à sa prochaine émission de radio. Etre l’observatrice de son temps demande aussi quelque effort.
– De toute façon, ça ne me coûte pas grand-chose d’y aller.
– Soixante euros.
– GRACE !

***

Dans sa Mini Austin cabriolet, l’auto-radio branché sur sa compil des « Années 60’», Grace attend Joy en gesticulant face à son rétroviseur. « T’as fini de faire le clown ? » s’exclame Joy en toquant à la fenêtre. Grace s’immobilise un instant et lui ouvre la portière. Loquace, elle interroge son amie sur son nouveau poste d’hôtesse d’accueil. Joy, lassée par ses questions, répond brièvement. Pourtant, son débit de paroles reste continu. Le calvaire se termine lorsque Grace se gare dans une rue adjacente au restaurant. A la porte d’entrée, elle inspire un bon coup.
– Ça va ? demande Joy.
– J’ai le trac.
– C’est un restaurant Grace, pas une salle d’examen.
– Ben… euh… disons que quelque part, c’est un mixte des deux, non ?
– Vous venez pour le food-dating ? demande une jeune femme
– Hélas… soupire Joy.
– Je n’ai pas compris ?
– Oui, répond Grace ragaillardie par les couleurs chatoyantes des lieux.
– Alors je vous explique. La soirée se déroule en trois actes. Vous allez tirer au hasard un numéro qui correspond à une table. Vous serez donc assise en face de celui qui a tiré le même numéro. Quand vous entendrez le son de cloche, vous piocherez un autre numéro, afin de rencontrer une nouvelle personne. Vous dînerez donc avec trois personnes différentes. A la fin du dîner, vous remplirez un questionnaire pour nous informer si vous souhaitez revoir les personnes avec qui vous avez eu un tête-à-tête. Ce système évite les mauvaises surprises et de s’adresser directement à la personne, évitant l’embarras en cas de refus. Vous avez compris ?
Les filles hochent la tête. L’hôtesse leur offre une coupe de champagne. Assises au comptoir du bar, elles scrutent les candidats mâles faisant leur entrée. Les filles masquent leur joie.
– Ne me dis rien… please.
– Grace, fuyons par la porte de derrière.
– T’es pas sérieuse ?
Joy saisit Grace par le bras, mais une hôtesse leur barre la route. Consternées, elles se dirigent péniblement vers leur abattoir en trainant des pieds.
– J’ai dû me tromper de dates… dit piteusement Grace.
– Ça m’étonnerait… ils ont nos dates de naissance. J’opte plutôt pour un manque d’effectifs, alors on mélange tout le monde.
– Ça craint…
Joy termine sa coupe cul sec. Elle observe piteusement les hommes grisonnants s’installer autour de sa table. Les femmes la regardent dédaigneusement, n’appréciant guère la concurrence déloyale de la jeunesse. Quand soudain, parmi les seniors, arrive un jeune homme fringant. Les deux amies se regardent sur un air de défi. La guerre est déclarée. Le duo se désolidarise. Premier round.
Joy a pioché le numéro d’un homme d’une quarantaine d’années, trapu, chemise de bucheron. Elle ne comprend pas comment on a pu lui laisser franchir le périphérique parisien.
– Bonsoir, je m’appelle Sylvain. Et vous ?
– Joy.
– C’est la première fois que j’entends ce prénom. On se tutoie ?
– S’il vous plait… attendons d’être plus intimes.
– Désolé, je n’ai pas l’habitude de parler à une parisienne… aussi sophistiquée.
Joy prend son air narquois.
– D’où venez-vous ?
– La Beauce
– La quoi ?
– La Beauce, B-E-A-U-C-E. C’est dans l’Essonne. Un village près d’une forêt. Je ne m’appelle pas Sylvain pour rien. Je suis en parfait accord avec l’étymologie de mon prénom.
– Merveilleux.
– Oui, j’aime parler aux arbres, les ressentir. Toucher le sol, la terre, c’est vital pour moi.
– Et qu’est-ce que vous cherchez en venant à un food-dating ?
– Une femme, voyons. Pour me marier.
– Vous n’avez jamais été marié ?
– Non. Je n’ai jamais vécu avec une femme.
Joy acquiesce avec un sourire circonspect.
– Mais le plus important pour moi c’est d’être en phase avec la nature.
– Et vous pensez à votre cycle de reproduction en suivant l’instinct naturel de survie ?
Sylvain la regarde avec méfiance.
– Vous êtes bizarre mademoiselle.
– J’essaye de comprendre. Bon alors la nature…
– Le plus important pour moi, c’est d’être en phase avec la nature. Vivre dans la forêt, dans une cabane, cultiver la terre, sentir la rosée du matin, méditer au creux des bois…
– Vivre tous nus.
– Vous vous moquez de moi ? dit-il en fronçant les sourcils.
– Non, non, dit-elle en se pinçant douloureusement la joue.
– Je me méfie des filles comme vous. J’ai tout de suite compris que vous étiez perdue.
– Ah ouais ?
– Oui. Vivre dans la nature permet de vivre loin des perversités humaines et du complot.
– Quel complot ?
– Chut ! Je ne peux pas en parler ici.
Il baisse d’un ton et Joy se rapproche de lui.
– On nous cache la vérité, les extra-terrestres sont parmi nous. Nous avons été visités et les gouvernements étouffent l’affaire.
Joy passe en revue toute sa panoplie de postures pour adopter la bonne attitude. Sans succès, elle opte pour une neutralité totale.
– Il faudrait que vous m’accordiez plus de temps pour que je vous explique. Vous comprendrez mieux les enjeux. Il faut juste rester en marge des tentations urbaines.
La cloche retentit. Deuxième round. Joy tire au sort un second numéro. Son nouveau partenaire de table, affichant un faux air de Jean Dujardin, s’assied. Finalement, ce n’est pas aussi indigent qu’elle le pensait. Un rapide coup d’œil vers Grace l’horrifie : elle a pioché The numéro, celui du jeune apollon de la soirée. Cette dernière décroche un sourire de winneuse devant une Joy en plein game over.
Pendant le repas, Joy, aussi aimable qu’une porte de prison, lance de longs regards en direction du jeune couple, tout en martyrisant sa dorade à l’aide de sa fourchette.
– Il ne vous a rien fait ce poisson, vous êtes en train de le réduire en bouillie.
Joy regarde son assiette et constate la purée en devenir.
– Vous êtes de quel signe ?
– Scorpion, pourquoi ? demande-t-elle.
– Savoir le thème astrologique me permet de voir si je suis compatible avec la personne.
Perplexe, Joy se mobilise. Son compagnon de table, a capté son attention.
– C’est une blague ?
– Non.
– Allons, à votre âge ! dit-elle en riant. Et résultat… nous sommes compatibles ?
– Non. Je suis lion. Deux personnalités bien trop fortes.
– Je n’aurais pas cru, tiens donc.
– Par contre, j’aime beaucoup votre amie.
– Et vous voulez savoir son signe ?
– S’il vous plait…
– Sagittaire. C’est l’union parfaite ?
– Presque.
– Ben voyons.
– Ne vous méprenez pas, mais j‘ai un faible pour les blondes. Et votre amie m’a troublé.
– Brune et scorpion c’est foutu d’avance ?
– Je suis moyennement attiré par les sosies de Chantal Goya.
– Non mais vous vous êtes vu, vous ?!
– Ne vous méprenez pas, je ne suis pas attirée par les brunes avec une coupe au carré. J’aime les filles… plus natures.
– La bonne blague ! Vous croyez que Grace est nature avec ses 36 000 séances chez l’esthéticienne, ses UV et sa triple couche de maquillage ? Vous l’avez bien regardé ? Ou c’est seulement le modèle blond à forte poitrine qui vous intéresse ?
– Je ne vous permets pas de me parler comme ça ! Est-ce que je vous agresse ?
– Vous me rabaissez à ma coupe de cheveux et à sa couleur. Vieux con, va !
– Petite conne !
Furieuse, Joy plante sa fourchette sur la table à un centimètre de la main d’Ange. Effrayé, il fait un bond en arrière. La clientèle du restaurant reste muette devant ce coup d’éclat. Grace se lève et sans réfléchir, prend ses affaires et celle de son amie qu’elle attire vers la sortie. Tous les regards sont tournés vers elles. Joy hurle : « PEDOPHILE VA ! »
– Mais qu’est-ce qui t’a pris ?
– C’est un connard.
– Mais ce n’est pas une raison pour lui planter ta fourchette !
– N’exagère pas. Je n’ai pas réussi !
– Qu’est-ce qui ne va pas Joy ?
– Rien. Lâche-moi le bras.
Joy rumine dans la voiture et clame son aversion pour son dernier compagnon de table.
– Ce type était dégueulasse.
– Pourquoi ?
– Il lorgnait sur toi comme si tu étais un steack bien saignant.
– Juste pour ça ?
– C’est énorme.
– C’est un homme.
– C’est un vieux.
Le silence s’abat dans la voiture. Grace trouve l’ambiance insupportable. Elle cherche n’importe quoi pour rompre le mutisme de sa co-pilote.
– Tu aurais préféré une quiet-party ?
– C’est quoi ça encore ?
– Personne ne parle, tu as juste des bruits de la nature dans la salle. Tu dragues sans parler, tu ne communiques qu’avec un stylo et du papier.
– Faut vraiment être dérangé pour inventer des trucs pareils.
Grace n’ose relever. Joy se tait et boude dans la voiture. Puis soudain, ses yeux s’embuent.
– Tu ne peux pas comprendre… dit-elle en cherchant un mouchoir en papier.
– Essaye toujours.
– Je suis venue à cette soirée pour t’accompagner, te faire plaisir. Et je tombe sur un tordu content que je sois ta copine pour me soutirer des infos. T’as tous les hommes à tes pieds !
– Mais arrête de te mettre dans cet état pour des mecs qui ne t’intéressent pas !
– Tu ne comprends rien… décidément.
En silence, Grace raccompagne Joy qui s’extraie de la voiture sans un au-revoir. Blessée par l’attitude de son amie, elle reste un moment garée sur le bas-côté sans démarrer. Elle hésite à la rattraper, mais a peur d’envenimer la situation. Elle allume son auto-radio et retire de sa poche, le numéro du beau jeune homme. Les yeux dans le vague, elle le fixe avant de déchirer d’un coup bref le billet. Les morceaux parsemés s’envolent par la fenêtre et s’évanouissent.

« Tu fais chier Joy. »

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Vous avez désormais un aperçu du petit ange qui sera à mes côtés pour animer ce blog.
Elle vous donne rendez-vous donc très prochainement…

 

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1 comment

kimiko 11 octobre 2011 - 7 h 04 min

Joli croquis!

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