Il y a des soirs où l’on a besoin de couleurs. De dessins qui grimpent aux murs, d’un peu d’onirisme, d’un ailleurs. Le 24 septembre, invitée lors de l’inauguration, j’ai poussé la porte de l’hôtel Le Magnifique, rue de la Gaîté. Vincent Darré y a transformé un vieux théâtre du 14e en rêve éveillé : cinq étages, cinq mondes, et une piscine aux allures mythologiques.
On ne va pas se mentir, il y avait du monde, et on avançait au compte-gouttes.
Je vous raconte…
L’essentiel en 30 secondes
- Le Magnifique, c’est le nouvel hôtel de Vincent Darré, rue de la Gaîté (Paris 14e), installé dans un ancien théâtre du XIXᵉ siècle.
- Cinq étages, cinq univers, 62 chambres : chaque palier change de couleur et de monde.
- Mon coup de cœur : la piscine mythologique, colonnes et mosaïques en sous-sol.
- Le bar Le Picabia est ouvert à tous ; la piscine, elle, reste réservée aux clients.
- À réserver pour l’expérience : les chambres sont petites et le tarif grimpe vite.
Sommaire
○ L’hôtel Le Magnifique, un ancien théâtre rue de la Gaîté ○
La rue de la Gaîté, on l’avait un peu oubliée. Les théâtres y sont toujours, les néons aussi, mais la nuit parisienne a glissé vers la rive droite. Pourtant, dans les années 30, 40 et 50, c’était ici que les artistes se donnaient rendez-vous. C’est là, au 20 bis, que Le Magnifique a choisi de s’installer, dans les murs d’un ancien théâtre du début du XIXᵉ, Les Mille Colonnes. La façade, elle, n’a pas bougé : elle raconte encore son passé de salle de spectacle, et c’est un joli symbole pour un hôtel qui veut réveiller le quartier…
Derrière le projet, il y a Jacques Blanc, un homme du métier qui possédait déjà des hôtels, dont Le Bellechasse habillé par Christian Lacroix. Cette fois, il voulait autre chose. Pas un bel hôtel de plus, mais un lieu qui déraille, gentiment, des codes habituels.


Au plafond, des poissons de lumière ; sur le mur, un visage où poussent des coraux. On bascule d’un monde à l’autre
Vincent Darré, la magie d’un décorateur né dans le 14e
Pour donner corps à tout ça, il fallait quelqu’un qui n’a pas peur du trop. Vincent Darré, donc. Détail qui ne s’invente pas : il est né dans le 14e, il y a mis un bout de son enfance, entre les colonnes de La Coupole revisitées et ces grandes mains loufoques qui rappellent l’ancien drugstore de Saint-Germain.
Avant la décoration, il y a eu la mode, et pas n’importe laquelle. Vincent Darré a débuté comme assistant chez Yves Saint Laurent, puis il a été six ans le bras droit de Karl Lagerfeld chez Fendi. Il a signé la direction artistique de Moschino, puis d’Emanuel Ungaro, et il a fait ses armes auprès de maisons comme Prada, Chloé ou Montana. Toute cette grammaire de la couture, le geste, la matière, la mise en scène, il l’a versée dans le décor. Et ici, ça se voit à chaque étage.

Des tableaux surréalistes peints à même le mur, jusqu’aux interrupteurs qui se fondent dans le décor
○ Ma visite, étage par étage : un rêve éveillé ○
Le soir de l’inauguration, il faut le reconnaître, on était nombreux pour visiter les 10 chambres soit deux chambres ouvertes par étage. Une seule, ça aurait été intenable. Il faut dire que les chambres tournent autour de 17 m² : à cinq curieux dedans en même temps, on se marche déjà dessus.
Il était difficile de circuler, preuve manifeste du succès de l’événement, mais rester pour tout explorer, le jeu en valait la chandelle et ce pour deux raisons :
1/ Ce n’est pas tous les jours qu’on croise Valérie Lemercier au détour d’un couloir et qu’on écoute en live Charly Voodoo jouer au piano à quelques mètres.
2/ On sourit forcément en visitant l’univers fantaisiste et décalé de Vincent Darré.
Chaque étage propose un univers et une couleur différents. On les enchaîne comme on tourne les pages d’un livre illustré. C’est là qu’on mesure le travail abattu, et l’imagination de cet homme. J’aurais pu partir au bout de vingt minutes. Je suis restée bien plus longtemps. Et puis un peu de couleurs, de rêves, de dessins ouvrant sur un univers fantastique, mon dieu que ça fait du bien dans le monde dans lequel nous vivons…
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Un couloir en trompe-l’œil : fausses fenêtres, vraies portes, et un sol semé de médaillons
Le hall, la fresque et les mains loufoques
Dès l’entrée, le décor se fait remarquer : une grande fresque peinte à la main court sur les murs, surplombée d’oiseaux de plâtre blancs. La réception est constellée de vieilles clés chinées, avec une idée derrière la tête : le paradis, comme si l’on venait chercher les siennes pour rejoindre Saint Pierre. Les rampes d’escalier, elles, dessinent des portées musicales. On n’a pas encore monté une marche qu’on a déjà compris le programme…
Et puis il y a ces mains. Des mains qui sortent des colonnes pour tenir la lumière. Sur le moment, je n’ai pas pensé au drugstore que citait Darré. J’ai pensé aux bras et aux mains qui jaillissent des murs pour porter les candélabres dans La Belle et la Bête de Jean Cocteau, en 1946. Ma lecture, sans doute, pas la sienne. Mais c’est exactement ce que fait ce lieu : il vous renvoie à vos propres images…

Le hall et son damier en soleil, noir de monde le soir de l’inauguration.


Deux escaliers, deux ambiances : la fresque des arts du spectacle d’un côté, le colimaçon miroitant de l’autre.
Cinq étages, cinq mondes
Un ascenseur de verre, où des sirènes s’amusent avec des hippocampes et des étoiles de mer, dessert cinq étages, et chacun a son monde.
Au premier, le jardin d’Éden, tout en douceur : papiers peints fleuris, oiseaux, une chambre à la tête de lit jaune. Au deuxième, les abysses, plus sombres et marines, coraux et poissons dorés. Le troisième vire au rouge, le plus théâtral. Au quatrième, le bleu de la voie lactée, propice aux rêves doux. Et au cinquième, les murs se couvrent de tableaux, comme un cabinet d’amateur.
Chaque chambre a ses pièces originales, dessinées pour elle, jusqu’aux faïences et aux moquettes.
Ce qui frappe, c’est la couleur : elle bascule d’un palier à l’autre, franche, assumée. On passe d’une ambiance à une autre sans transition, et c’est précisément ce qui donne envie de tout faire. On avance comme dans un musée, ou une galerie : on cherche le détail, la pièce qui nous attrape. Si vous aimez les hôtels qui racontent une histoire d’un bout à l’autre, l’univers de Joséphine à l’Hôtel de JoBo joue dans un genre voisin, en plus intime.
Difficile de dire quelle chambre je préfère, et c’est plutôt bon signe. La rouge, au troisième, est la plus originale à mon sens : avec ses illustrations d’éléments architecturaux, jusqu’à une tour de Pise qui penche sur le mur. Celle du cinquième est la plus grande (la 505), avec un hublot qui donne sur la tour Montparnasse. Et la jaune du premier, la plus douce par ses formes et ses couleurs, a pour elle une terrasse. Trois chambres, trois raisons de revenir.

















Le premier étage, son jardin d’Éden : tête de lit jaune, papier peint foisonnant d’oiseaux, et une terrasse en prime / Le deuxième nous embarque dans les abysses : tête de lit vert profond, coraux dorés et poissons, jusque dans le couloir / La chambre rouge du troisième, la plus théâtrale, joue avec les colonnes et les arches peintes en trompe-l’œil / Le quatrième joue la voie lactée : un ciel peint, nuages et signes du zodiaque dorés, pour la chambre la plus propice aux rêves / Au cinquième et dernier étage, les murs se transforment en cabinet de tableaux ; les couloirs, eux, filent en trompe-l’œil.
Les couloirs, une belle surprise
On s’attend à ce qu’une chambre soit décorée… mais un couloir d’hôtel, presque jamais ! D’habitude c’est uniforme et fade, moquette et portes en enfilade. Ici, non. Chaque couloir prolonge le monde de son étage en trompe-l’œil : fenêtres peintes ouvrant sur des paysages, colonnes, fresques marines dorées, sols à médaillons. C’est une belle surprise pour moi…




Les couloirs : chacun prolonge son étage en trompe-l’œil, des abysses dorées au jardin fleuri, jusqu’à une cour à l’italienne dessinée à l’encre.
○ La piscine mythologique, mon coup de cœur ○
S’il fallait ne garder qu’un endroit, ce serait celui-là. La piscine est en sous-sol, entourée de colonnes, ponctuée d’amphores, avec ses mosaïques et ses figures antiques : des hommes à tête de licorne, des allures de dieux anciens. On se croit dans un petit palais grec, entre mer et jardin, et l’eau renvoie tout ça au plafond. J’y serais bien restée une heure de plus, à ne rien faire d’autre que regarder. C’est le genre d’endroit qui vous fait oublier qu’il y a une rue, un métro et une vie au-dessus.
Juste à côté, la salle de gym reprend le motif avec ses fresques de sport gréco-romain. C’est joliment fait, cohérent avec le reste, mais ça m’a moins touchée : une salle de sport reste une salle de sport. Pour les piscines d’hôtels qui sortent vraiment de l’ordinaire, j’avais déjà eu un faible pour la piscine sous les voûtes de l’Hôtel la Lanterne ; celle-ci joue dans une autre catégorie de mise en scène.





Mon coup de cœur : la piscine mythologique, colonnes, amphores et figures antiques sous l’eau bleue.
○ Le bar Le Picabia, le seul espace où entrer sans séjourner ○
Bonne nouvelle pour qui veut goûter le lieu sans réserver une nuit : le bar, Le Picabia (clin d’œil au peintre), est ouvert aux clients extérieurs. Tout en boiserie, illuminé d’ampoules, il a un piano à queue et promet des moments qui s’improvisent. Il vit même au rythme des théâtres voisins, affichant les séances et sonnant la cloche des entractes, pour que les spectateurs reprennent le chemin des salles.
La piscine, en revanche, reste réservée aux clients de l’hôtel (ou à certaines offres de type staycation). Donc si c’est le temple grec qui vous fait rêver, il faudra dormir sur place…





Le bar Le Picabia, le seul espace ouvert à tous : boiseries, banquettes orange, piano à queue et plafond peint d’oiseaux.
○ Faut-il aller à l’hôtel Le Magnifique ? ○
Oui, mais en sachant ce qu’on vient chercher. On ne vient pas ici pour l’espace ni pour le calme d’une grande chambre : on vient pour entrer dans la tête d’un artiste et se laisser embarquer. À ce tarif (comptez minimum 350 € la nuit), on réserve pour l’expérience et la fameuse piscine.
Pour qui, alors ? Pour les amoureux de décor et de fantaisie, ceux qui préfèrent un lieu qui ose à un lieu qui rassure. Si vous voulez juste jeter un oeil dans l’univers, poussez la porte du Picabia un soir et écoutez un live au piano. Et si vous voulez le rêve en entier, piscine comprise, gardez-le pour une occasion spéciale.
Moi, je suis ressortie le sourire aux lèvres, avec l’impression d’avoir marché dans le rêve de quelqu’un. Par les temps qui courent, ça ne se refuse pas…



La salle de sport pousse le décor jusqu’au bout, avec ses fresques d’athlètes façon céramique grecque, tapis de course à l’appui.
C’était un théâtre.
Et visiblement, Vincent Darré a formellement refusé de baisser le rideau.
Ici, le minimalisme est considéré comme un gros mot, et le « mur blanc » a purement et simplement été banni des plans. Moi qui ne jure que par le minimalisme et le style Japandi, je peux le dire : c’est une bonne thérapie !
Parfois, on frôle parfois l’indigestion rétinienne, et c’est absolument délicieux.
Alors oui, prévoyez de reposer vos yeux avant d’entrer. Mais si vous cherchez le seul traitement connu contre la fadeur, l’adresse est au 20 bis rue de la Gaîté.
○ Informations pratiques ○
Site web : hotelmagnifiqueparis.com
Adresse : 20 bis rue de la Gaîté, 75014 Paris
Métro : Gaîté (ligne 13), Edgar Quinet (ligne 6), Montparnasse-Bienvenüe
Téléphone : +33 1 40 47 48 49
Horaires du bar Le Picabia : ouvert tous les jours de 11h00 à 00h00
Tarifs : de 355 à 778 € la nuit selon la chambre (chambres à partir de 17 m²)
Piscine : réservée aux clients de l’hôtel ou aux offres staycation ; bar ouvert aux extérieurs
Pour qui : les amateurs de décor onirique et de mise en scène
Le + : un univers unique, signé jusqu’au moindre détail · Le − : des chambres petites, un tarif élevé

La façade arrondie de l’ancien théâtre, illuminée le soir de l’inauguration, enseigne « le Magnifique » allumée rue de la Gaîté.
Questions fréquentes
Où se trouve l’hôtel Le Magnifique ?
Au 20 bis rue de la Gaîté, dans le 14e arrondissement de Paris, à quelques minutes à pied de la gare Montparnasse, en plein quartier des théâtres de la rive gauche.
Qui a décoré l’hôtel Le Magnifique ?
Le décorateur Vincent Darré, né dans le 14e. Ancien de la mode (Yves Saint Laurent, Fendi aux côtés de Karl Lagerfeld, Moschino, Ungaro), il signe ici l’ensemble du lieu, des chambres à la piscine, dans un style théâtral et onirique.
Combien coûte une nuit à l’hôtel Le Magnifique ?
Comptez de 355 à 778 € la nuit selon la chambre. Un tarif de boutique-hôtel 4 étoiles, à la hauteur de l’expérience et de l’emplacement, mais pas de la surface des chambres (à partir de 17 m²).
Peut-on boire un verre au Magnifique sans y dormir ?
Oui. Le bar Le Picabia est ouvert aux clients extérieurs : c’est la meilleure façon de goûter l’ambiance du lieu sans réserver une nuit.
La piscine de l’hôtel Le Magnifique est-elle accessible au public ?
Non. La piscine mythologique est réservée aux clients de l’hôtel ou aux détenteurs d’offres de type staycation. Pour en profiter, il faut donc séjourner sur place.
Crédits photos : Glose
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