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J’ai fait congeler mes ovocytes : un quasi échec

written by Glose 14 janvier 2016
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Parce que la lecture d’un certain nombre de témoignages favorables à la congélation d’ovocytes m’ont conduite à prendre une décision à laquelle j’ai pris le temps de réfléchir pendant 1 an, il me semblait vital de restituer mon expérience pour nuancer les discours trop louangeurs concernant la vitrification ovocytaire afin d’aider les femmes à faire le bon choix et ce dans les meilleures conditions pour ne pas qu’elles se retrouvent par la suite en pleine détresse psychologique…

 

Congélation d’ovocytes : mon histoire

 

Mon gynéco me fait entrer dans son cabinet m’invitant à m’asseoir.
– Qu’est-ce qui vous amène ?
– Je…
J’éclate en sanglots.
Confier l’objet de ma visite était difficile car synonyme inconsciemment… d’échec.

Qu’est-ce que j’ai dans la tête à ce moment-là  ?
Moi, Glose, 35 ans passés, une santé mentale plutôt à l’équilibre, une vie relativement stable, en CDI, propriétaire, socialement apte, pas trop moche, pas trop bête, une vie de parisienne célib qui peut parfois faire des envieux, mais inapte à trouver l’amoureux idéal. Un talon d’Achille qui révèle une certaine tare aux yeux des autres :
« – Mais qu’est-ce qui cloche chez toi ? C’est quoi ton problème ? » sont des interrogations entendues bien trop souvent, auxquelles je n’ai de réponse et qui vous stigmatisent profondément vous faisant passer pour un monstre social au visage ordinaire avec un vice caché. J’ai même entendu que je devais avoir un 6e doigt de pied. Vous voyez le genre…

Je n’avais jamais parlé de ma vie amoureuse à mon gynéco et lui confier que j’étais célibattante avec l’incapacité manifeste de trouver The only One à mon âge, faisait figure de fille un peu paumée ou ayant un problème.
– Je voulais avoir votre avis sur la congélation d’ovocytes. J’y songe depuis mes 36 ans. Parce que voilà, je suis seule et je m’inquiète…
– Ah c’est tout ? Je croyais que c’était beaucoup plus grave que ça en vous voyant ainsi ! s’exclama-t-il.
J’appréhendais sa réaction et je me détendis aussitôt. En effet, certains gynécologues sont réfractaires à la congélation d’ovocytes. Contrarier les plans de Dame Nature ne plaît pas à tout le monde…
– Vous n’êtes pas une exception mais le cas typique de la parisienne : célibataire, longues études, cadre s’investissant beaucoup dans son travail et n’ayant pas le temps de trouver un homme. Vous n’êtes pas la seule à me consulter dans ce cas…

Ce n’était pas le sujet de la conversation mais j’avais envie de lui dire que si j’avais pris le temps de rencontrer des hommes justement. J’ai eu une histoire de 7 ans, deux de 1 an et demi mais depuis quelques années je suis tombée sur des allergiques à un quelconque engagement (même à celui de partir en week-end), qui préféraient leur manette de jeux vidéo à une soirée câlinous, des dépressifs et/ou névrosés obsessionnels, des immatures qui avaient plus besoin d’une maman que d’une femme, des fétichistes, des mecs qui sentaient mauvais. Bref, la crème de la crème. Un mec bien, simple, équilibré et avec qui il règne une certaine osmose, ça ne court pas les rues de Paris. Ou alors ils sont déjà tous maqués à mon âge.

– Vous savez que la congélation dite «  de confort » est illégale en France et a un coût financier ?
– Oui je sais que j’en ai pour 2000 euros sans compter les billets d’avion et l’hôtel à l’étranger. C’est pour ça je voulais savoir si cette intervention en valait le coût.
–  Je pense que oui. Je suis d’autres patientes dans votre cas et je suis en contact avec une clinique à Barcelone. On va tester votre réserve ovarienne et si le nombre de follicules se révèle suffisant vous pouvez vous lancer dans une stimulation ovarienne en vu d’une ponction. Vous prendrez ensuite RV avec la clinique et vous réfléchirez.

 

► Ma réserve ovarienne se composait de 8 et 7 follicules répartis dans les 2 ovaires.
Un bon résultat pour mon âge qui indiquait qu’il n’était pas trop tard pour la congélation. Le mieux étant de le faire à 30 ans… 35 ans étant la limite conseillée par les gynécologues pour obtenir des bons résultats. Ex : à 38 ans, j’ai 50 % de chance d’avoir un enfant en passant par la vitrification ovocytaire, à 35 ans, 58%, à 30 ans 69 %. (Calculez vos chances sur timefreeze)

 

Barcelone : les premières démarches

En septembre 2015, je suis allée à Barcelone pour la première visite.
J’ai été très bien reçue par le personnel qui parle très bien français ainsi que le gynécologue chargé de ma vitrification. Il vous explique le process, les stats, qu’il faut au moins 9 ovocytes matures pour avoir le plus de chance d’avoir des embryons. Il récupère ce jour-là tous les résultats gynécologiques demandés ainsi que les analyses sanguines. Il vous pose aussi des questions sur vos antécédents, vos médicaments, etc. Suite à des règles hémorragiques, je lui informe que l’été dernier, on m’a administré une forte dose de Decapeptyl pour stopper les règles durant 3 mois. Il n’a vu aucun souci pour la suite.
Cette visite dure environ 2h30, plus si vous faites réaliser sur place les examens. Je vous conseille de le faire en France pour gagner du temps… et de l’argent. Vous repartez avec une ordonnance, un kit de seringues et une vidéo explicative. Vous ne payez rien à l’issue de cet entretien

 

Le temps de réflexion

J’avais tous les éléments en main pour lancer le process. Outre les réticences de mes parents et autres personnes informées du projet, j’ai tenté de lister tous les obstacles m’empêchant de mener à bien cette tentative. L’inconvénient principal étant le coût financier. Mes seules économies résidaient en un plan retraite que j’avais ouvert il y a 7 ans : 2500 euros économisés. Second frein : les piqûres à s’administrer soi-même. On ne rigole pas. Lorsque j’ai appris en 2014 qu’il fallait se piquer j’ai mis 1 an à me faire à cette idée…
L’atout principal de la congélation d’ovocytes est que je l’envisageais comme libératrice. Une façon de me ôter cette fucking pression de pouponner vite ainsi que de trouver au plus vite (et souvent mal) le père. Pression relancée par les médecins qui me rappellent souvent :
– « Faut pas s’affoler mais faut se presser aussi « .
Mais de quoi je me mêle ? Je n’ai rien demandé mais dès qu’on vous pose la question « Vous avez des enfants ? » et que je réponds : « Je suis nullipare docteur « , les mises en garde sur le tic-tac biologique pleuvent à foison.

Cette solution représentait donc la seule chance d’avoir un enfant si je rencontrais mon homme passé 40 ans. Mon gynéco ayant donné son feu vert. Perso, je n’ai pas les épaules pour faire un bébé toute seule. Et il m’est impossible de prendre le 1er mec venu pour un géniteur. J’ai trop de respect pour les hommes, mon futur enfant et moi-même. De plus, la conception d’un enfant pour moi a toujours été synonyme de « fruit d’un amour ». Même si celui-ci ne dure pas, je veux qu’il soit conçu dans de belles circonstances.
Il ne restait plus qu’à casser mon plan retraite pour voir la chance d’avoir un enfant le jour où les conditions étaient toutes réunies.
Quelque part c’est juste un déplacement d’investissement car qui payeront les retraites plus tard ?
Les enfants 😛

 

La stimulation ovarienne

Dès le premier jour des règles, il faut appeler la clinique en Espagne. Elle vous dit quel jour et à quelle heure prendre la première piqûre de Ménopure et faire une analyse de sang. Pour cette première, j’ai fait appel à un infirmier qui est venu 3 fois. Mes premiers essais n’étant pas concluant, je me suis bien charcutée. Au bout de 5 jours, je me suis aussi mise à gonfler et à être très fatiguée (sport interdit). Je sentais bien le poids de mes œufs en marchant…
Par la suite, on associe au Ménopur, une piqûre de Cétrotide. J’étais au bout de ma vie…

Congélation d'ovocytes

4 prises de sang suivi d’une échographie pelvienne ont été nécessaires. C’était assez intensif et prenant les 10 jours de stimulation. Il faut envoyer les résultats avant 17 heures à la clinique qui vous rappelle après, faire la prise de sang le matin pour avoir les résultats dans la journée et faire les échographies. Soit vous prenez des congés, soit vous avez la chance d’avoir tout ça à portée de votre bureau comme ce fut le cas pour moi. Et le soir, la piqûre doit être faite à la même heure pour maximiser les résultats. Donc vous devez être chez vous tous les jours à une heure précise. (très contraignant tout ça).
Et quand la stimulation est à sont top (10 jours environ), le gynécologue vous demande de vous rendre à la clinique tel jour à 9h du mat’ à jeun. Le mieux donc étant de venir la veille. Impossible de réserver votre billet longtemps à l’avance. Moi j’avais 48h. (Economies bonjour…)
Il vous reste une dernière piqûre à faire : le Decapeptyl, le même produit pris cet été.

Congélation d'ovocytes

Le remplaçant de mon gynéco (le mien étant en congés) est confiant : 12 follicules à l’ovaire gauche et 8 au droit la veille de partie pour l’Espagne, c’est beaucoup pour mon âge (38 ans), j’ai la fécondité d’une femme de 30 ans (Youpi je suis une poule aux œufs d’or). L’hormonologie montre que le taux d’estradiol est élevé et donc que tout se passe très très bien.  « À ce rythme, vous pourrez même en donner, me dit-il . Vous avez des ovaires de compétition ! »  J’en aurais 9-10 faciles d’ovocytes à la ponction selon lui…
Heureuse de cette nouvelle et d’avoir des ovaires jeunes et de compet’, je repars avec des ailes… fière de l’aboutissement prochain de mon projet.

 

Congélation d'ovocytes

Poubelle à piqûres…

La vitrification des ovocytes #1

J’arrive confiante donc le jour de la ponction en cette matinée de novembre 2015. A mon réveil, le gynécologue me demande si j’ai bien pris ma piqûre de Decapeptyl.
– Oui pourquoi ?
– Il y a eu un problème Mademoiselle. Nous n’avons trouvé aucun ovocyte à l’ovaire droit.
– Je n’ai pas bien compris. Il y avait 8 follicules…
– Ils étaient vides.
– Mais comment est-ce possible ? demandai-je abasourdie.
– Je ne sais pas c’est exceptionnel. C’est pourquoi je voulais m’assurer que vous ayez bien pris le Decapeptyl, dit-il désolé.

Je suis atterrée, je ne comprends pas. Et lui non plus. Je ne suis pas très bien réveillée, j’ai l’impression de nager en plein cauchemar.

– Que faut-il faire ?
– Il faut revenir dans 2 jours pour ponctionner l’ovaire gauche.
– Mais j’ai mon avion à prendre, je travaille ! Et comment être sûr que l’autre ne sera pas vide ?
– On ne peut pas savoir. Je vais vous faire une prise de sang pour savoir si le taux d’estradiol est toujours positif.

On me donne de quoi soulager les douleurs et une ordonnance pour acheter Ovitrelle qui le médoc remplacera le Decapeptyl qui n’a pas fonctionné. 50 euros la seringue pré-remplie quand même.

Je sors de la clinique perplexe. Rien ne s’est passé comme prévu. Tout s’écroule. On doit me rappeler pour me donner les résultats de ma prise de sang pour essayer de comprendre ce qui s’est passé. J’attends cet appel toute la journée. Rien.
Le lendemain, j’appelle 2 fois, impossible d’avoir un médecin. Ma copine juge qu’il est temps d’avoir des explications en se rendant à la clinique. Excellente idée. Sur le chemin, j’appelle le remplaçant de mon gynéco pour lui demander son avis sur ce qu’il s’est passé. Je dois prendre l’avion dans 2h alors : « Est-ce que je rentre chez moi ou je perds mon billet et tente une 2e ponction vu le résultat ? » Le gynéco a juste 2 minutes à m’accorder et ne sait quoi répondre face à l’urgence : « Je ne suis pas spécialiste. Eux savent mieux que nous. Au vu de vos résultats vous devriez rester je pense… »
Bref, je ne suis pas plus avancée face à autant d’hésitation. À la clinique, j’attends qu’on me donne plus d’infos sur mes résultats et si ça vaut le coup de poursuivre. Ma seule interlocutrice est une secrétaire médicale qui m’indique que mes derniers résultats sanguins montrent que je suis en pleine ovulation et qu’il faut rester pour la 2e vitrification prévue demain 11 novembre.

Je suis un peu perdue. À l’étranger, dans la rue avec ma valise sur le bras. Prendre l’avion pour Paris comme prévu ou rester seule et retenter ? Telle est la question. N’étant pas du genre à abandonner, dans le doute je reste.
Je rachète alors un autre billet d’avion, le mien ne pouvant être changé et je prends une autre chambre d’hôtel donc des frais imprévus qui me mettront à découvert pour le reste du mois…

La vitrification des ovocytes : 2e chance

 

Le 11 novembre, je suis de nouveau à jeun et anesthésiée. Quand je me réveille, une femme m’annonce que 4 ovocytes matures ont été récupérés.
Résultats :
► 0 ovocyte à l’ovaire droit
► 4 ovocytes matures à l’ovaire gauche
Sur 20 follicules détectés à l’échographie.
Déprimant.

– Vous devez refaire une stimulation et revenir faire une ponction. Avec 4 ovocytes, il y a peu de chance d’avoir un embryon. Nous avons regardé votre dossier médical pour comprendre pourquoi il y avait zéro ovocyte. Il est possible que ce soit dû au fait que vous ayez pris une forte dose de Decapeptyl cet été. Du coup la faible dose prescrite n’a eu aucun effet. Vous êtes venue trop tôt. Il aurait fallu que vous attendiez et venir plus tard vous faire ponctionner.
Je suis effondrée.
– Mais je ne suis pas médecin ! Ce n’était pas à moi de juger mais au docteur…
– Je suis désolée. On verra ce qu’on peut faire.

Et elle s’éclipse mal à l’aise me laissant seule sur mon siège entre deux rideaux qui nous cachent des autres filles. C’est un peu la chaîne en fait ici : une chaîne de poules pondeuses récupérant de l’anesthésie après la récolte….

 

Désarroi

J’ai été profondément peinée et choquée par le résultat de ma ponction, alors que tout était au beau fixe pour une ponction réussie. C’est la chute. Je pleure, l’infirmière croit que j’ai mal. Mais je lui explique. Elle est très compréhensive et adorable.

Je sors seule, complètement à l’ouest, perdue. J’ai failli me faire renverser par une bagnole. J’oublie que je suis encore sous anesthésie et avec le choc, je suis un danger pour moi-même. J’appelle ma mère qui me rassure de suite, que c’est pas la fin du monde que je peux vivre sans enfant, ça ne fait pas de moi quelqu’un d’inutile. Elle fait tout pour que je reste forte.

J’avais besoin des paroles réconfortantes de ma mère seule, allongée sur mon lit, les mains sur mon ventre dans cette chambre d’hôtel à Barcelone, mes larmes en guise de compagnie, touchée par le mal de ventre suite aux deux interventions. Des ovaires ou du cœur, je ne sais pas où j’ai le plus mal…

 

Ce que je reproche à la clinique

1/ Un résultat médiocre causé par une erreur d’appréciation médicale selon la gynécologue qui est venue m’annoncer les derniers résultats. Compréhensive, elle m’avait dit qu’elle verrait ce qu’il était possible de faire pour arranger ça. Hors, je n’ai eu aucun retour de la part de la clinique sauf la sommation de payer la reconnaissance de dettes. J’ai trouvé ceci un peu déplacé …

2/ Aucun ovocyte lors de la première ponction : le Decapeptyl en cause occasionnant l’arrêt des règles jusqu’à octobre 2015. La piqûre de Decaptyl prise le 7 novembre 2015 pour déclencher l’ovulation était donc trop faible pour fonctionner selon elle. Hors tous ces éléments étaient consignés dans mon dossier lors de mon premier entretien le 9 septembre 2015. Cette information a été sous-estimée et a gâché les résultats de l’opération, mon moral et mes économies. L’intervention médicale a été gérée comme une banale opération sans prendre en compte le coût financier et moral des conséquences.

3/ Mon cas géré dans la précipitation
La première ponction a eu lieu le 9 novembre 2015. Suite à l’absence de résultat, une seconde ponction a été automatiquement programmée le 11 novembre 2015. J’étais anesthésiée et abattue par ce premier échec, je ne savais pas quelle décision prendre. (on ne m’a jamais évoqué la possibilité de prolonger lors du 1er entretien). J’ai dû racheté un billet d’avion, prolonger 2 jours d’hôtel, racheter un nouveau médicament et demander à mon chef un jour de congé supplémentaire à la dernière minute ce qui n’a pas été apprécié à mon bureau. Mardi 10 novembre, je n’ai pu m’entretenir avec aucun médecin, seulement avec une employée de la clinique au téléphone, au sujet de la nécessité de recourir à la ponction de l’ovaire gauche malgré l’échec survenu à l’ovaire droit. Si cet entretien avait eu lieu, j’imagine qu’on m’aurait informé qu’une deuxième ponction en 2016 serait nécessaire car il était quasi impossible de prélever 9 ovocytes sur un ovaire gauche pour être certain d’avoir un embryon. Le médecin m’aurait aussi rappelé que : « Dans le cas d’une absence d’ovocytes aptes le jour de la ponction folliculaire, seule la somme de 650€ (prix spécial) sera facturée » (mentionné dans le devis, mais j’avais la tête ailleurs à ce moment-là)J’aurais aimé avoir le choix, prendre moi-même cette décision suite à un diagnostic médical qui m’aurait averti des chances et des risques de cette seconde opération le 11 novembre. Hors, ce ne fut pas le cas. J’étais perdue, seule, venant d’être opérée, incapable de prendre une bonne décision, je suis revenue en faisant entièrement confiance.

4/ Reconnaissance de dettes
La clinique fait facturer la somme de 2055 euros avant de connaître le résultat de la ponction.
Hors dans le devis : « En cas d’annulation de la ponction folliculaire pour faible réponse ovarienne, seuls vous seront facturés le prix de la première visite et 90€ pour chaque contrôle folliculaire réalisé à la clinique. Dans le cas d’une absence d’ovocytes aptes le jour de la ponction folliculaire, seule la somme de 650€ (prix spécial) sera facturée. »
Il serait plus honnête de faire payer après résultats, non ?

Résultats :

Cette opération m’a dévastée au point de reconsidérer de manière négative mes projets d’enfant. J’avais tout misé sur cette congélation des ovocytes que j’attendais et préparais depuis plus d’1 an. 5 personnes étaient intéressées par mon expérience car elles songeaient à faire de même. Mon expérience les a clairement refroidies…

Dès lors, j’attendais :

– Soit que la clinique me propose de reconduire l’opération sans frais supplémentaire suite à cette grave carence professionnelle
– Soit un remboursement.

J’ai essayé de voir ce qu’il était possible d’envisager, refusant de payer les 1030 euros comme moyen de pression. Mais ils se sont bien gardés de me rappeler qu’en cas de zéro ovocyte prélevé, je paye 650 euros au total au lieu des 2050. Ils m’ont plutôt fait revenir illico.
Au final, ils me proposent aujourd’hui une remise de 10% sur la prochaine vitrification après avoir honoré ma reconnaissance de dettes de 1030 euros restant. Ridicule, non ?!
Leur retour m’a dégoûtée. Ils m’ont poussé à recommencer vite, à payer etc. J’ai eu l’impression que mon corps était une marchandise. Rien à faire de mes états d’âme, de mes doutes alors que j’étais bouleversée. Ils ont éludé la question du Decapeptyl et atténué bien évidemment leur responsabilité.
Peut être que je changerais d’avis plus tard mais aujourd’hui je suis déçue de la manière dont mon cas a été géré.
J’en ai ai parlé à mon gynécologue français qui a réclamé l’intégralité de mon dossier pour pouvoir faire quelque chose. Une fois le dossier en main, il a changé d’attitude et est resté distant en me disant que le Decapeptyl n’était pas forcément la cause et que mes ovaires ne réagissaient peut être pas bien à la stimulation (ce n’est pas ce qu’on m’avait dit jusqu’à présent…). Alors soit, il se sent responsable de m’avoir poussé en choisissant la neutralité, soit il existe une sorte de conciliabule ou serrage de coudes entre médecins ce qui est fort possible. Je me sens encore plus seule et déçue après 6 ans de rapport de confiance avec mon gynéco.
Je suis allée consulter dès lors un spécialiste de la fertilité en France qui m’a rassurée sur le fait que c’était une bonne chose d’avoir fait la congélation vu ma réserve ovarienne malgré mon âge. Mais qu’il était connu que le Decapeptyl agit 4 semaines de plus que prévu. Si je détenais la preuve que la clinique savait, je pouvais peut être agir. Mais faire intervenir un avocat n’était pas une bonne solution.
Comment être bien traitée par la suite en instaurant une mauvaise relation ?

Aujourd’hui

2 points positifs cependant :
► Je sais aujourd’hui faire des piqûres sous-cutanées.
► Et j’ai évité de me rendre dans un bar près du canal Saint-Martin le 13 novembre 2015 pour cause de mal de ventre…

Aujourd’hui je suis triste, un peu paumée. J’ai payé les pots cassés pour les autres (mon gynéco qui me dit : « bon maintenant je conseillerais à mes patientes de ne plus déclencher avec le Decapeptyl ». Merci Bibi.)
J’avais reporté tous mes espoirs sur cette congélation, n’ayant aucune ombre au tableau bien au contraire. Il y a eu erreur d’appréciation qui a tout gâché et mes économies avec. Me suis résolue quelque part à ne plus avoir d’enfant alors qu’il y a 2 mois mon état d’esprit était au beau fixe à ce sujet. Car je n’en ai plus envie de recommencer une seconde stimulation. Je sors aussi d’une opération de l’utérus qui me passe l’envie qu’on touche de nouveau à cette région du corps. Pas envie de piqûres, d’un second échec moral, de demander un crédit, etc.

Je ne publie pas ce témoignage pour décourager les prétendantes françaises mais juste pour mettre en garde.
Quelques conseils :
► Prévoyez large question budget plutôt 5000 euros si vous êtes amenés à faire une 2e stimulation. Si j’avais su qu’il y avait des risques de seconde ponction, j’aurais laissé tombé, n’ayant pas les moyens.
► Considérez aussi qu’il est possible que l’argent que vous allez investir sera peut être perdu si vos ovocytes sont nombreux mais de mauvaise qualité. Ne pas avoir de regret dès le départ.
► Évaluer tous les risques, poser le plus de questions possibles. Exemple : en cas de 0 ovocyte, que faire ?
► Le corps réserve bien des surprises et la science dans ce domaine n’est pas exacte. Il faut l’avoir en tête.

Pas simple d’être une femme au 21e siècle n’est-ce pas ? D’avoir à gérer cette pression sociale seule, de payer aussi un coût moral et financier pour se raccrocher à l’espoir d’avoir un enfant à deux. D’être soumise aux aléas de l’horloge biologique que la science tente de stopper pour notre « confort » ou « convenance ». Je hais ce mot. Sincèrement, si j’avais pu, j’aurais eu un enfant plus tôt. Je n’ai pas choisi cette situation qui est plus qu’inconfortable.

Il est l’heure pour moi de clore ce chapitre de l’année 2015 et de tourner la page.
Et d’envisager désormais la venue d’un enfant comme la cerise sur le gâteau plutôt que le gâteau dont on nous cuisine depuis tout gosse sur la « banalité » à fonder une famille plus tard…

Partages

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  • Le blog de Lili

    Pas facile de commenter un tel billet et pas vraiment possible de repartir sans rien dire…
    Partir à l’étranger, faire cette démarche et essuyer les plâtres, cela a dû être dur :-/
    Je te souhaite une belle rencontre et, qui sait, une belle surprise… ♥

    • glose

      Merci même si je ne crois pas vraiment, merci pour tes souhaits ♥
      Et merci d’être touchée en me laissant ce message…

  • Fanny

    Même sentiment qu’Aurélie. Je ne sais pas quoi te dire en fait, juste envie d’aller prendre un verre avec toi et de parler de tout ça de vive voix… Tu as été hyper courageuse de te lancer là-dedans et il ne faut pas que tu perdes courage. En tout cas je pense que ton témoignage est plus qu’utile…

    • glose

      C’est gentil Fanny… ça me touche.
      J’espère qu’il sera utile car je ne rien lu de tel et je voulais un texte humain qui parle à celles qui sont tentées…

  • cyberyoyo

    J’ai juste envie de te prendre dans mes bras pour te donner plein de bonne énergie… Difficile de commenter cette expérience mais je pense que ce sera utile pour certaines de tes lectrices.

    • glose

      ça va aller ! Le mois de novembre a occulté tout ça, ça me tombe dessus maintenant comme une grosse enclume. La convalescence de mon opération va me permettre aussi de me reposer et d’expier tout ça

  • Victoire

    Merci pour ton témoignage et merci d’avoir pris le temps et surtout l’énergie et l’honnêteté de tout mettre à plat. Ça met les choses en perspective et fait réfléchir. Pour la lueur d’espoir et pour faire rougir la cerise sur le gâteau, je tiens aussi à souligner que comme tu le dis « le corps réserve bien des surprises ». C’est bête à dire , mais je pense que la vie aussi. Parce qu’en vrai on ne sait jamais ce que demain nous réserve, c’est flippant et excitant à la fois. J’espère le meilleur 🙂 Bisous

    • glose

      Merci pour ton message… et cette touche positive ! Oui qui sait… on verra ce que décidera mon corps face aux aléas de la vie 🙂

  • Lily

    Je viens de lire ton témoignage, j’y avais deja pensé il y a 5 ans lorsque ma belle sœur a appris que ses ovocytes étaient de mauvaises qualité.
    En me renseignant un peu, j’ai vu tout ce à quoi on doit faire face (douleur, argent, déplacement à l’étranger…) je n’ai pas eu ton courage, j’ai abandonné et me suis fait une raison.
    J’admire le courage que tu as eu de passer à l’action et aussi le courage de donner ton témoignage qui je suis certaine aidera d’autres femmes à faire leur choix.
    Cet événement difficile est derrière toi, tu auras peut être une cicatrice pendant un moment mais qui sait celle ci se refermera peut être bientot avec l’arrivé d’un homme aimant dans ta vie qui aura envie de s’investir ! En tout cas c’est tout ce que je te souhaite du plus profond de mon cœur.
    Je pense à toi, meme en étant loin.
    Je t’embrasse !

    • glose

      Merci… oui c’était pas facile et la prise de décision a été longue et réfléchie. Mais je suis du genre à me lancer dans des aventures lorsque c’est un défi. Bon faut que je me calme un peu 🙂
      J’avais hésité à écrire tout ça mais vu les retours, je suis contente si mon histoire est utile et sert à d’autres. J’aurais aimé lire ce genre de témoignage avant de me lancer. C’est ce qui m’a convaincue de l’écrire en fait.
      Merci pour ton message, ça m’aide beaucoup aujourd’hui la cicatrice étant encore bien présente… Bisous !

  • Le Gall Sophie

    Bonjour,
    Je ne découvre ton témoignage qu’auj. Juste pour te dire que je comprends ta déception et j’espère sincèrement que la vie te réserve de belles surprises. Je suis passée par les FIV, je ne suis jamais parvenue à une grossesse. Je suis maman grâce à l ‘adoption. J’ai tourné la page mais je n’ai pas oublié les déceptions des résultats « négatifs », galères de traitements et autres joyeusetés. Je me revoie allant au boulot complètement stone car bourrée d’hormones. Bref…
    Encore une fois, good luck.
    Sophie,

    • glose

      Merci pour ton commentaire. Les messages m’aident à me sentir moins seule et à y voir plus clair. Je vois aussi que les FIV ne sont pas « innocentes » du tout et m’ont rendu aussi bien stone…

  • J’arrive bien après la bataille… Mais je ne peux pas repartir sans laisser un mot.
    tout d’abord je te comprends dans ta solitude et ta détresse. Le business de la fertilité à l’étranger est un business avant tout…
    Je suis passée par 7 années de traitements en France (stérilité inexpliquée, le truc où personne ne comprend pourquoi ça ne marche pas car TOUS les résultats sont bons), en commençant par de simples stimulations ovariennes, pour finir par les FIV et autres TEC… Alors je connais plutôt bien la souffrance, la détresse, le sentiment de solitude, l’incompréhension autour de soi, les questions, les envies… J’ai voulu tenter l’étranger, mais mon homme n’était pas « chaud »… en lisant ton témoignage, je pense qu’on a eu raison de s’arrêter là. Je n’ai pas voulu adopter, car j’étais « à bout » et comme toi, je considère un enfant comme « le fruit de l’Amour »… bref… Aujourd’hui j’en ai fait le deuil, c’est comme ça, tant pis. Ça ne fait pas de moi (ou de mon couple) la moitié de quelqu’un.
    Mais je m’égare… Saches que parfois les miracles existent… Et si jamais tu as envie d’en parler, mon oreille t’est ouverte (avec un bon verre de vin !)
    des bises ^_^

    • glose

      Je te remercie chaleureusement de t’être ouverte à moi et de me confier un épisode douloureux de ta vie.
      Il s’ajoute à d’autres qui m’ont fait prendre conscience que j’étais loin d’être la seule. On ne se voit que pour des occasions « mondains » où règnent la légèreté, le plaisir, la découverte. Et c’est très bien, cet aspect de notre vie fait partie de notre environnement bloguesque qui cache Laure, Aurélie au profit des Petits riens ou Glose. Car oui on ne se voit pas en tant que personne mais blogueuse. Et parfois on apprend des choses et boum, l’humain dissimulé derrière une interface nous touche, nous montre qu’il existe. ça fait quelque chose.
      Je m’égare un peu mais la lecture de ton commentaire m’a fait songer à ça. Car en te lisant, je te vois différemment et ça m’a très touchée de non seulement apprendre quelles furent ces 7 années pour toi mais aussi sur le fait de t’être automatiquement livrée pour mieux me soutenir. C’est une preuve de générosité et de confiance. Et je suis touchée.
      C’est beau et rassurant de voir qu’entre femmes on reste solidaires, on compatit, on se serre les coudes.
      Pour le verre de vin, je suis toujours open 🙂