Dans la nef majestueuse du Panthéon, temple où reposent les grandes figures de la nation, l’artiste Nicolas Daubanes déploie une exposition monumentale.
Intitulée Ombre est lumière. Mémoires des lieux, cette invitation du Centre des monuments nationaux – dans le cadre du programme « Un artiste, un monument » – se tient du 19 novembre 2025 au 8 mars 2026. À travers cinq œuvres puissantes, réalisées à la poudre de fer aimantée après des résidences immersives dans les dix hauts-lieux de la mémoire nationale, Daubanes réactive l’histoire sensible de sites comme le Mont-Valérien ou la prison de Montluc.
C’est une invitation à redécouvrir cet édifice historique sous un angle nouveau, tout en ouvrant les portes de l’institution à un public avide d’art et de création contemporaine.
Sommaire
○ Quand l’art contemporain entre au Panthéon ○
Le Panthéon ne se contente plus de veiller sur ses morts : il s’ouvre désormais à l’art actuel.
Jusqu’au 8 mars 2026, le programme « Un artiste, un monument » confie les clés de la nef à Nicolas Daubanes. En introduisant ses installations monumentales dans ce haut lieu de la mémoire nationale, l’artiste investit cet espace mémoriel pour y déployer une œuvre en tension, prouvant que le monument peut être autre chose qu’un sanctuaire figé.
L’enjeu de cette exposition au Panthéon ?
Faire entrer l’art contemporain dans ce sanctuaire républicain pour, selon la formule consacrée, « ouvrir à de nouveaux publics ». Comprenez : prouver que le Panthéon n’est pas qu’un catalogue de personnalités défuntes. Dès lors, le Panthéon devient un terrain d’expression pour la création contemporaine, sans pour autant revendiquer la liberté absolue d’un centre d’art : ici, l’œuvre ne s’impose pas, elle s’adapte à la solennité et aux contraintes mémorielles du lieu.
Ainsi, entre deux colonnes corinthiennes, avec l’exposition « Ombre est lumière. Mémoires des lieux » Daubanes installe un dialogue entre l’architecture de Soufflot et les fantômes de notre histoire collective…

A l’intérieur du Panthéon
○ Nicolas Daubanes, ou la poudre de fer comme langage ○
Si vous ne connaissez pas encore Nicolas Daubanes, sachez qu’il n’est pas du genre à peindre des aquarelles de chatons… Pensionnaire de la prestigieuse Villa Médicis (2024/2025), lauréat du prix des amis du Palais de Tokyo en 2018 et du prix Drawing Now en 2021, il collabore avec la galerie Maubert (Paris) et la galerie ADN (Barcelone).
Cet artiste plasticien est un habitué des milieux fermés. Son terrain de jeu ? Le monde carcéral, la résistance, et tout ce qui touche à l’enfermement et à l’évasion.
Sa signature, c’est la technique de la poudre de fer. Pour ses œuvres, il ne se contente pas de dessiner ; il aimante la matière. Il récupère de la limaille de fer dans les usines, cette poussière de métal qui évoque immanquablement le geste du prisonnier limant ses barreaux. C’est là toute l’ambiguïté de son travail : utiliser un matériau dur, industriel, pour créer une fragilité matérielle saisissante.
Ses « dessins aimantés » ne tiennent que par la force d’un support magnétique. Si l’on déplace l’œuvre, tout s’effondre. Une façon de symboliser la fragilité des lieux millénaires…
Photo 1 : Matrice de dessin. Vue d’atelier © Studio Nicolas Daubanes / Photo 2 : Nicolas Daubanes, Struthof, 4 x 11 mètres, 2025. Dessin en
cours de production. Vue d’atelier, Villa Médicis © A. Francin / Photo 3 : Portrait de Nicolas Daubanes, extérieur Panthéon © CMN
○ « Ombre est lumière », un dialogue entre le Panthéon et les hauts lieux de mémoire ○
Le titre de l’exposition, « Ombre est lumière », est un manifeste. Dans le titre « Ombre est lumière », le choix du verbe plutôt que de la conjonction n’est pas anodin. Ce jeu de mots sonore souligne le cœur du travail de Daubanes : l’idée que la lumière est littéralement générée par ce qui est dans l’ombre.
Pour cette exposition immersive au Panthéon, Nicolas Daubanes a conçu des œuvres monumentales inspirées des dix hauts lieux de mémoire nationale.

Mémorial du Mont-Valérien, Suresnes (Hauts-de-Seine), Poudre d’acier aimantée, 4 x 11 m, 2025
Lieu de culte médiéval, puis forteresse militaire au XIXe siècle, le Mont-Valérien a été, durant la Seconde Guerre mondiale, le principal lieu d’exécution en France de résistants et d’otages fusillés par l’armée allemande. »
« Face aux profondeurs insondables de la forêt de Natzweiler-Struthof, un vaste rideau de poudre d’acier se dresse et arrête notre regard
à l’entrée de ce qui apparaît comme une cavité. L’architecture, inspirée des gravures de Piranèse, renvoie à une arche présente sur le site
du Mont-Valérien à Suresnes. Sous cette arche, derrière ce passage, s’est tenu durant la Seconde guerre mondiale un théâtre de l’immontrable
que Nicolas Daubanes choisit de figurer par l’impossibilité d’un franchissement. Pour réaliser cette monumentale coulée de fines particules d’acier, l’artiste fait glisser entre ses mains la limaille aimantée contre un support magnétique. Il obtient ainsi un voile très fin dont il peut ajuster la densité, le rythme et la finesse d’une manière impossible à reproduire avec un autre medium. En d’autres termes, il s’appuie sur la force de la gravité à laquelle est soumise la matière de son dessin. »


Détails de l’œuvre ci-dessus
Il a parcouru la France, du Mont-Valérien à la prison de Montluc, en passant par le camp du Struthof.
Ce qu’il en a ramené ? Des fragments de paysages et d’architectures qu’il réinterprète à une échelle démesurée.
Le choix de ces lieux n’est pas anodin ; ils sont les théâtres de nos tragédies contemporaines (Guerre d’Algérie, Déportation, Résistance).
En plaçant ces récits dans la nef, Daubanes crée un pont entre les « paysages-mémoire » et le temple républicain. C’est une façon de dire que la mémoire n’est pas un objet figé dans une vitrine, mais une matière instable qui s’oxyde et se transforme.
Nicolas Daubanes, Même un paysage tranquille. Panorama, polyptique, 10 œuvres, dimensions variables, 2019-2025
Dessins, poudre d’acier aimantée, incrustation d’acier incandescent sur verre non oxydé Photogrammes sur papier argentique baryté mat
révélés aux étincelles d’acier, incrustations d’acier oxydé et non oxydé sur verre.Nicolas Daubanes réalise des photogrammes à partir de dessins sur verre représentant des paysages de forêt et de champs de bataille.
Pour les révéler, il projette des étincelles d’acier à la surface de l’image, produisant des traînées lumineuses qui retracent sur le
papier les trajectoires des billes de feu dans l’air. Les gravures sur verre elles-mêmes sont réalisées par la projection d’acier incandescent sur verre :
une manière d’inscrire le dessin par le feu et dans la matière des armes de la guerre. La structure octogonale du panorama permet
à l’artiste de mettre en regard des fragments de paysages et d’architectures qui environnent aujourd’hui plusieurs hauts lieux de la mémoire
nationale et sites mémoriels marqués par les mêmes conflits, comme pour en dresser une seule et même peinture historique.
Lieux représentés : Abbaye Royale de Fontevraud (Maine-et-Loire), Village fortifié de Mont-Dauphin (Hautes-Alpes) ; Bois à proximité de la Grotte de la Luire, Vassieuxen – Vercors (Drôme)2 ; Canopée du parc à l’emplacement de l’ancienne
prison de la Petite-Roquette (Île-de-France) ; Champ de bataille à proximité de FleuryDevant-Douaumont, Douaumont (Meuse) ;


Le Panthéon, théâtre de mémoire et d’émotion
Exposer au Panthéon, c’est aussi dialoguer avec ses illustres hôtes, ses pensionnaires éternels. Nicolas Daubanes l’a bien compris. Son installation sur la prison de Montluc est située juste au-dessus de la sépulture de Jean Moulin. On frissonne un peu, forcément…
Ainsi, l’artiste ne se contente pas d’illustrer l’histoire ; il la met en scène. En utilisant des échafaudages pour élever ses œuvres, il assume le côté temporaire et « théâtral » de l’intervention. Il nous offre un face-à-face avec les ombres de Missak Manouchian et de ses camarades du Mont-Valérien, à travers des structures qui évoquent les arches de fusillés.
Daubanes va même jusqu’à réinventer la maquette historique du Panthéon en… résine dentaire. Pourquoi ? Pour évoquer l’os et le reliquaire…

Panthéon, 1871, Prothèse dentaire, dimensions variables, 2025 (dans la salle de la maquette)
Nicolas Daubanes propose une mise en abîme de la maquette du Panthéon réalisée par Rondelet et reproduit à son tour l’édifice à l’échelle d’un objet que l’on peut tenir entre ses mains
○ Une expérience immersive entre art, matière et souvenir ○
Le parcours de l’exposition est conçu comme une montée en puissance sensorielle. On commence par la forêt du Struthof, une « répétition de verticales » qui fait écho aux colonnes du Panthéon, pour finir sur des œuvres oxydées par le temps.
Ce qui frappe lors de la visite de l’exposition au Panthéon, c’est la dimension physique des œuvres. À l’échelle 1:1, les clairières de forêt nous écrasent littéralement. La vue de cette poudre qui semble pouvoir tomber à tout moment, tout concourt à une expérience où la mémoire devient une matière palpable.

Ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof (Bas-Rhin), forêt, Poudre d’acier aimantée, 4 x 11 m, 2025
Le camp de concentration de NatzweilerStruthof, à la frontière allemande, constitue un « paysage-mémoire » de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit du seul camp de concentration nazi situé sur le territoire français.
« Dans la partie nord de la nef, un premier dessin monumental ouvre l’espace d’une forêt à l’intérieur de la colonnade. Il s’agit d’une représentation des forêts qui entourent aujourd’hui l’ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof. L’artiste utilise de la poudre d’acier aimantée
pour inscrire ce paysage en l’entrelaçant dans l’architecture du monument comme s’il en était un prolongement temporaire, mémoriel et
symbolique. Le rapprochement formel des arbres à l’intérieur du dessin et des colonnes dans l’espace réel du Panthéon évoque un questionnement sur la justice et sa transparence. On raconte en effet que la justice était autrefois rendue sous un arbre, signe de son traitement public et équitable.
Pourtant, le paysage de cette forêt est aussi un appareil de dissimulation. Si on la regarde plus attentivement, on décèle la présence d’un mirador
en son centre, dans la perspective. L’image de cette forêt ainsi que son récit ont servi à masquer le système concentrationnaire, du temps même
de l’activité du camp. «


Détails de l’œuvre ci-dessus
« Nicolas Daubanes construit ici une scène sensible, le théâtre d’une apparition qui entend donner place et rendre justice aux corps qui ont souffert, aux corps sacrifiés, résistants, à ceux qui ont connu l’enfermement, la condamnation, la torture et la mort. Faire entrer la mémoire de ces corps au Panthéon, c’est transformer la poussière des corps et la poudre de l’oubli en matière de la grandeur, en mémorial d’une obscure puissance. »
Marie-José Mondzain, philosophe & écrivain
Extrait de l’essai paru dana Pouvrage Un artiste-Un monument
Nicolas Daubanes réussit un tour de force : faire du Panthéon un espace de création contemporaine sans trahir sa mission mémorielle.
Le CMN réussit un double pari : métamorphoser la visite traditionnelle du Panthéon et créer une passerelle inattendue entre patrimoine sacré et avant-garde artistique…
○ Informations pratiques ○
Site web : paris-pantheon.fr
Adresse : Panthéon, Place du Panthéon, 75005 Paris.
Dates : Du 19 novembre 2025 au 8 mars 2026.
Horaires : Ouvert tous les jours. Du 1er avril au 30 septembre : 10h – 18h30
Du 1er octobre au 31 mars: 10h – 18h. Dernier accès 45 minutes avant la fermeture
Fermé les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.
Tarifs : Inclus dans le billet d’entrée du monument (Du 1er octobre 2025 au 31 mars 2026
Tarif individuel 13 €. Tarif groupe 11,50 € par personne)
Gratuit : 1er dimanche du mois de novembre au mois de mars
et de novembre à décembre, Moins de 18 ans (en famille et hors groupes scolaires)
18-25 ans (ressortissants de l’Union Européenne
et résidents réguliers non-européens sur le territoire
de l’Union Européenne)
Accès : En transport en commun : Métro ligne 10 /
RER B / Bus lignes 21, 27, 38, 82, 84, 85, 89
Station Vélib’ N°5032 (Panthéon-Valette)
En voiture: Boulevard Saint-Michel puis rue Soufflot
La crypte du Panthéon, dernière demeure des grandes personnalités honorées par la nation...



FAQ – Tout savoir sur l’exposition Nicolas Daubanes au Panthéon
1. Pourquoi l’exposition s’appelle-t-elle « Ombre est lumière » ?
L’artiste joue sur le fait que la lumière est soulignée par l’obscurité. Dans ses dessins, c’est la poudre noire (l’ombre) qui fait apparaître les formes et la clarté (la lumière). C’est aussi un clin d’œil à l’architecture du Panthéon, entre la crypte sombre et le dôme lumineux.
2. Qu’est-ce que la technique de la poudre de fer ?
Nicolas Daubanes projette de la limaille de fer sur des surfaces aimantées. Les dessins ne tiennent que par magnétisme. C’est une technique qui symbolise la fragilité de la mémoire : si on retire l’aimant, le dessin disparaît.
3. Quels lieux de mémoire sont représentés ?
L’exposition s’inspire des 10 hauts lieux de la mémoire nationale française, notamment le Mont-Valérien, la prison de Montluc, le camp de Natzweiler-Struthof et le Mémorial de la guerre d’Algérie
4. Est-ce que l’exposition est adaptée aux enfants ?
Absolument. La dimension monumentale et technique (les aimants, le fer) est très visuelle. C’est une excellente porte d’entrée pour parler d’histoire et de résistance de manière moins théorique.
5. Quel est le lien avec l’exposition aux Invalides ?
C’est un complément indispensable. Alors que le Panthéon accueille des œuvres monumentales in situ, le musée de l’Armée présente un parcours plus intime avec des œuvres issues de ses résidences de création.
Crédits photos : Glose
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Crédits photos : CMN
Photos de NIcolas Daubanes
Crédits photos : CMN
Nicolas Daubanes, 2025. Dessin en cours de production. Vue d’atelier, Villa Médicis © A. Francin
