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Être une femme en 2018…

written by Glose 24 janvier 2018
Être une femme en 2018…

Attention spoilers « Game of Thrones » : saison 4 épisode 2 et saison 6 épisode 9.

 

J’avais débuté l’écriture de cet article fin septembre. Je m’étais interrogée sur « Qu’est-ce qu’être une femme en 2017 ?  »
Sur un ton plutôt humoristique, mon désir d’écrire s’appuyait sur le
injonctions esthétiques imposées aux femmes. Bref de la tyrannie de l’apparence. Mais au mois d’octobre, il s’ensuivit une déferlante : après la charge mentale, l’écriture inclusive, l’affaire Weinstein, je me suis sentie débordée par le sujet.
Je n’y reviens que maintenant.
Plus en tant que spectatrice. Et j’ai moins envie de rire…

 

 
SAISON 1.   « Nous les Femmes »

 

espace-blanc

ÉPISODE 1 : le corps


Je n’avais pas réalisé à quel point le corps des femmes devait rentrer dans des cases, être façonné et lissé de tout aspérité pour plaire. Au point qu’il ne lui appartenait plus. Et pour cause, mes parents ne m’ont pas éduquée ainsi. Bien au contraire. J’ai même souffert de ne pas être élevée comme une fille. Moi qui rêvais de ressembler à une princesse, mon père préférer m’accoutrer de jogging bien moches pour faire du sport. Ma mère ne se maquillait jamais et ne m’avait jamais dit que j’étais jolie enfant et adolescente. Le physique, on s’en foutait comme de l’an quarante. Je ne me suis donc pas sentie concernée par cette planche sur l’éducation des petites filles…
Pourtant, je suis bien tombée sous le joug des diktats de la beauté (merci les mag féminins). Je n’avais jamais réalisé que le corps de la femme était autant objectivé pour plaire aux hommes. Pas à ce point. Pas depuis l’été 2017. La femme qui rend visible publiquement son insoumission aux codes esthétiques risque un méchant body shamingLe climax a été atteint en 2017 avec des photos d’instagrammeuses, actrices ou mannequins qui s’affichaient avec des poils sous les bras. Comme le témoigne cette jeune femme qu’on accuse « d’être dégueulasse« ,  « d’aller se raser » et même qu’on incite à « buter« .
Eh oui…  une femme doit s’épiler, ne pas être trop maquillée (sinon elle est provocante), avoir plutôt une taille fine, porter un soutien-gorge, porter une jupe à la bonne taille, parfois être dans l’obligation de porter des talons ou de mettre du vernis, réduire ses vergetures, supprimer ses rides et la graisse sous les bras. L’été dernier, on a eu droit aux vade retro les bourrelets dans le dos. C’est sans fin… ça se mange sans faim.
Et aux hommes, on leur demande quoi ?  Ben rien. Vraiment rien.

Ce qui me choque le plus, ce n’est pas le fait que mon corps doit être « convenable » selon des normes établies culturellement mais la violence que cela suscite à l’idée que la femme puisse choisir de rester « nature » sans artifice et sans vouloir « modeler » son corps sous risque d’un lynchage public.
Hello 2018 !

 

Et tout s’enchaîne…

Après le corps, la charge mentale.

 

ÉPISODE 2 : révélation charge mentale


Il me semble que tout est parti d‘une planche de BD qui a été diffusée en mai et commentée tout l’été. La dessinatrice Emma traitait de la charge mentale qui pesait sur les femmes d’un foyer.
Perso, je ne suis pas touchée vivant seule mais le propos m’a quand même parlé : les femmes sont d’office responsables en chef du foyer et tâches domestique, elles doivent penser à tous. Le bon fonctionnement du foyer – travail invisible et épuisant – repose quasi en totalité sur elles. Le partenaire se déresponsabilise en attendant souvent de sa compagne qu’elle lui demande de faire les choses. Quelle femme n’a pas déjà entendu ce fameux refrain : « Elle n’avait qu’à demander de l’aide… » ?
Cette charge attribuée d’office à la femme est tellement ancrée dans les mœurs – à cause de notre héritage historique  notamment(Voir l’expo Women house) – qu’il peut paraître naturel.
Mais pas forcément « normal » en 2017. Moi-même je l’avais inconsciemment intégré. Aie aie aie…

 

 

ÉPISODE 3 : l‘écriture inclusive


Le débat de la rentrée 2017… la France est divisée entre les « pour » et les « contre« .
Dans le « Manuel d’écriture inclusive » édité par l’agence de communication Mots-Clés, l‘écriture inclusive est décrite comme un « ensemble d’attentions graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité des représentations entre les hommes et les femmes« .
Elle repose sur ces principes :
> Supprimer la règle de grammaire au pluriel « le masculin l’emporte sur le féminin »
> Inclure les deux sexes grâce au point médian. Exemple : les citoyen.ne.s
> Accorder les fonctions et métiers en fonction du genre.
> Utiliser des termes universels

J’avais appris à l’école que le masculin avait aussi la valeur d’être neutre donc la règle de grammaire sur les accords en genre et nombre ne m’avait frappée. De plus, ce point médian gêne ma lecture d’un texte, je suis plutôt en faveur de l’accord de proximité
Mais ça fait réfléchir… étant donné que le langage renforce les stéréotypes et le sexisme.
Je commence à me dire qu’on s’est bien fait arnaquer pendant des siècles…

 

 

 

ÉPISODE 4 : le clash entre Rousseau et Angot


Le 1er octobre 2017 : Christine Angot s’emporte contre Sandrine Rousseau – venue présenter son livre dans l’émission de Laurent Ruquier « On est pas couché » – lorsque cette dernière revient sur l’affaire Beaupin dont elle est une des victimes. Rousseau explique qu’une cellule de lutte contre le harcèlement avait été mis en place chez EELV pour accueillir la parole. Angot s’offusque car pour elle une agression sexuelle doit se régler en soi sans l’intervention d’un tiers.

Je suis restée un peu abasourdie par l’échange et la violence du face à face. Deux femmes atteintes dans leur corps par deux hommes qui se sont servis, deux réactions opposées dont une violente et l’autre en larmes. Angot avance même qu’il y en assez qu’on demande aux femmes de revendiquer leur souffrances.
Entre femmes victimes, il devrait y avoir une solidarité non ?
Ben non. Cette querelle m’a laissée un goût amer…

 

ÉPISODE 5 : Ensuite l’affaire Weinstein


Le 5 octobre 2017,  un séisme secoue Hollywood : Le New York Times révèle que le producteur américain Harvey Weinstein est accusé d’une série de harcèlements sexuels et viols au cours de ces trente dernières années. À ce jour, le nombre de victime s’élève à 93, dont Rose McGowan, Angelina Jolie, Emma de Caunes, Asia Argento, Eva Green, Léa Seydoux, Rosanna Arquette, Gwyneth Paltrow parmi les plus célèbres.
Conséquences ? Licencié de sa propre maison de production, Weinstein part se faire soigner dans une clinique européenne. D’autres hommes du monde du cinéma sont accusés à leur tour (Kevin Spacey, Louis CK, Jeffrey Tambor, Dustin Hoffman, Casey Affleck, Danny Masterson) et des actrices d’Hollywood lancent le mouvement « Time’s up » afin d’obtenir des fonds pour soutenir les femmes harcelées qui n’ont pas les moyens de se défendre.
Sans savoir ce que faisait exactement ce Weinstein, j’avoue qu’un producteur de cinéma qui essaye de coucher avec des actrices, sincèrement, ça ne m’a pas fait tomber de mon canapé.
En revanche, l’affaire est le point de départ d’une nouvelle ère…

 

 

ÉPISODE 6 : les hashtags #balancetonporc et #metoo


Conséquences de l’Affaire Weinstein, les langues se délient en dehors du serail d’Hollywood. La parole des femmes se libère. Un élan formidable où elles osent dénoncer publiquement les humiliations, agressions et harcèlements dont elles ont été victimes sur les réseaux sociaux avec #metoo. La honte change de camp. J’ai eu l’impression d’être dans l’épisode final « La Fin des temps, partie 2 », de l’ultime saison de « Buffy contre les vampires« . Le moment où grâce à un rituel qui active toutes les potentielles tueuses du monde, elles sentent une force grandir en elles qui leur permettent de se révolter, se battre, et renverser une situation qui semblait irréversible …
En revanche, cette prise de parole inattendue s’accompagne d’une campagne de délation. Mais il fallait s’y attendre : c’est le moment de balancer les impunis avec le #balancetonporc. Et de les prendre en photos (de leur plein gré).

Alors je vous avoue que dans un premier temps, une soif de vengeance a jailli et j’étais enthousiaste que des noms soient balancés de la sorte. Ah les instincts primaires. Du style : « Bien fait pour ta gueule ! Yeah ! VENGEANCE, tu ne l’avais pas vue venir celle-là mon cochon ! « . Ça m’a fait le même effet que la mort de Joffrey Baratheon, ce tortionnaire de femmes dans Game of Thrones saison 4 épisode 2, ainsi que la mort de Ramsay Bolton bouffé par ses chiens. Oh oui… j’ai joui ! Ils l’ont bien mérité ces deux crevards, hein !  Et puis, je réalise qu’on n’est pas dans une fiction. Qu’il ne faut pas prendre mes fantasmes de vengeance pour une réalité. On parle de la vrai vie-là, on se calme, on n’est pas des barbares, la chasse aux sorcières c’est fini, on est en 2018, merdouille. Il faut revenir à la réalité. Même si on a tendance à tout mélanger…

 

 

 

ÉPISODE 7 : La langue française est sexiste


No comment.
Rien à ajouter si ce n’est que Michaël Youn l’avait déjà fait en 2008 dans son style bien à lui…

 

A voir aussi : La bande-son de la vie d’une femme et ce tweet

 

 

ÉPISODE 8 : la tribune « Le droit d’importuner »


L’année démarre en trombe avec cette polémique parue dans le Monde « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle » qui fera sûrement date.
En lisant cette tribune, je n’ai pas été choquée. En revanche, vu les réactions épidermiques qu’elle a déclenchées :
1/ J’ai été choquée par la violence et le mépris des femmes entre elles, traitant notamment les signataires et rédactrices de vieilles, de bourgeoises et d’aigries, issues d’une classe sociale supérieure. La riposte m’a semblé disproportionnée. Une centaine de personnes ont signé ce qui n’empêche pas les contre de restreindre le débat autour de 3 signataires emblématiques :  Deneuve- Millet-Lahaie, sans les dépasser.

2/ J’ai eu l’impression que selon les sensibilités et perceptions de chacun, on n’a pas lu le même texte. Elle m’a donné l’impression que la team des contres faisait dire aux signataires des choses qu’elles n’ont pas écrites car ça les arrangeait, n’allant pas dans leur sens. J’ai compris cette tribune comme étant surtout une mise en garde contre la vague de censure qui sévit dans le monde de l’art et des risques de dérive suite aux dénonciations publiques. Ces dernières peuvent ruiner des vies et lyncher des innocents en cas de calomnie. Notre démocratie est pourtant dotée d’un appareil judiciaire – imparfait, ok – propre à mener des enquêtes et à respecter les procédures.

Comme je postais sur Facebook :

C’est fou ces réactions épidermiques à cette tribune du Monde et cette quasi haine qui est déversée sur les auteures. Je n’ai pas du tout ressenti leur texte comme une liberté de nous importuner. Pour moi le titre était juste provocateur à la façon #balancetonporc en plus il a été modifié par le Monde. L’original était « 100 femmes pour une autre parole ».
Est-ce que ce texte aurait été perçu autrement avec le titre d’origine ? Aucune idée. En tout cas, Le Monde doit bien se frotter les mains après leur coup médiatique.

On s’est tous réjoui de voir la parole se libérer avec #metoo.
La libération de la parole est-elle donc à sens unique ? On ne peut donc pas laisser aussi parler d’autres femmes ?
Pourquoi les traiter de tous les noms comme si c’était des harpies ? Elles déroulent un argumentaire. Il y a des points intéressants notamment sur la morale, la bienséance qui se mêlent dans l’Art et le processus créatif et aussi la dérive des délations en place publique. Tout n’est pas à rejeter en bloc. On a tout à fait le droit de ne pas être d’accord, d’avoir des sensibilités et points de vue différents mais inutile d’être méprisant pour autant. Élevez le débat plutôt.

C’est ce qui me blesse le plus dans cette polémique. Au fond, je suis sûre qu’on se rejoint tous sur la même chose mais il y a un malentendu qui débouche sur une animosité entre femmes.

Suis-je une bourgeoise, une aigrie, une vieille, une personne médiatique ou une icône intellectuelle dépassée ?
Rien de tout ça. (bon, un peu vieille)
Suis-je pour qu’on vienne m’importuner ?
Non.
Ai-je déjà été menacée ou agressée pour comprendre les réactions ?
Bien plus et plus loin que vous imaginez.

Et pourtant, je suis bien contente que cette tribune existe.

1/ Bien contente parce que d’une, il ne doit pas y avoir qu’une seule parole. Nous sommes une société composée d’individus hétérogènes aux pensées, cultures et émotivités bien distinctes. Nous ne formons pas un moule homogène. Et puis apporter de la nuance, de la contradiction et émettre des doutes génèrent des discours moteurs pour avancer. Mais dans le débat actuel, il semble qu’introduire de la mesure est démesuré. Un mot de travers et la partie « adverse » se déchaîne telle une furie.
Quelle est cette dictature soudaine de la pensée ? Glisse-t-on vers un monde aseptisé ?
Les propos de Brigitte Lahaie sur « On peut jouir lors d’un viol » le démontrent. Énoncer cette vérité embarrassante n’est en aucun cas banaliser l’acte de viol. En revanche, elle peut en apparence desservir la cause féministe sur le traumatisme d’un viol. Et pourtant c’est un tabou qu’il faut dénoncer. Si on a été violé et ressenti un orgasme mécanique, il y a de quoi culpabiliser à l’idée d’avoir ressenti du plaisir et ne pas oser faire valoir ses droits. Les conséquences sont bien plus destructrices psychologiquement…
Je n’ai jamais compris le texte comme un permis de nous importuner stricto sensu. Pourtant certaines le lisent comme le droit de se faire harceler. Plus par facilité pour éviter de répondre sur le fond ? Aucune femme dans ce texte n’a signé pour qu’on lui éjacule dessus dans le métro que je sache ? (Ou dans les limites du respect mutuel avec consentement, hein…)

2/ Et deux, en lisant les réactions, j’ai réalisé que parmi les opposants au texte, il y avait encore des clans distincts qui ne s’accordaient pas tous sur la même chose. Idem pour les sympathisants, il y avait encore des nuances à ajouter.
Ce texte est donc pour moi un vrai pavé dans la marre pour affiner le propos et débattre. Car au fond, on est bien tous d’accord que personne n’est pour le harcèlement, la violence et le viol.
Exprimer une parole différente mais pas opposée, est-ce se poser en ennemi du fémininement correct ?

3/ Cette tribune avait pour intention de dénoncer la pudibonderie et la vague de censure qui a sévi dans certaines manifestions culturelles (l’expo Egon Schiele, l’éditeur de Sarah Chiche qui lui demande de revoir sa copie selon les mœurs du moment, le Carmen de Bizet a été réécrit et dénaturé pour correspondre à son temps). Au final, on gomme les pensées et mœurs d’une époque. Il y a de quoi s’inquiéter, non ? Annuler la rétrospective de Polanski, c’est aussi nier le travail de toute une équipe. L’œuvre porte son nom ok, mais c’est avant tout une oeuvre commune résultant de l’intervention de plusieurs professionnels du cinéma qui n’y sont strictement pour rien sur les agissements d’un homme. Ce n’est pas l’ériger en héros que de mettre en lumière ses films. Distinguer l’homme de l’œuvre me paraît vital. Il a payé sa dette. Pourquoi la faire payer aux autres ? On ne doit pas faire payer à tout le monde les errements d’un homme.

2018 s’annonce pas très pompélop…

 

Interviews et articles intéressants sur le sujet :

 

ÉPISODE 9 : ?


Je vous avoue que j’attends la suite avec mon pop-corn…

#metoo est un événement historique qui fera date dans l’Histoire de la Femme. Il a révélé des dissonances dans le discours des femmes, au vu des oppositions engendrées suite à la Tribune des 100 femmes et le cash Angot/Rousseau. On assiste à un spectacle pas très très plaisant. Après si on nous reproche d’être des hystériques, il ne faudra pas se plaindre…
J’espère que ces mouvement aboutiront, outre l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, à plus de tolérance entre elles. On n’est pas toutes égales, on a toutes des ressentis et sensibilités différentes. Il faut l’accepter sans juger. Soyons unies.
C’est pas encore gagné…
En attendant, je me laisse pousser les poils sous les bras. Na !

 

 

 

 

 

 

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