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J’ai de la chance ? Vraiment ?

by Glose
J’ai de la chance ? Vraiment ?

Souvent, j’entends  : « T’as de la chance ! »
Exemple n°1 : « Oh tu as des vacances, quelle chance !
Ben oui.
J’ai acheté un ticket de loto et c’est tombé sur le lot : « Vous aurez des congés payés. Un truc imaginé et mis en place par Léon Blum en 1936 pour tous les salariés. »
Truc de dingue.

 

○ Non mais sérieusement… ○


Les gens qui me connaissent seraient pliés en deux : « Elle ? De la chance ? » Pffffff… un vrai chat noir … »

Perso, je suis limite ennuyée qu’un certain nombre de personnes malmènent éhontément la langue française.
Petit rappel sur la définition de « chance » selon le dictionnaire Larousse.

Possibilité, probabilité que quelque chose (surtout un événement heureux) se produise : Évaluer ses chances de succès. Sa dernière chance de salut. Faveur du sort, issue heureuse de quelque chose, situation favorable de quelqu’un : Oui, j’ai eu la chance de le rencontrer.

En quoi le hasard ou la probabilité intervient quand poser des jours de congés est un droit imposé par l’état ? La chance s’associe mal à une obligation fixée par une convention collective, non ?
Chaque année, le salarié a droit a 5 semaines. En quoi est-ce pour vous inattendu, surprenant ?
Encore plus dingue : même ma boss un jour m’a dit « Tu as de la chance d’avoir des vacances ». Euh… alors elle, elle les prend quand elle veut et sans avertir et abuse parfois. On tombe sur la tête

Si pour toi ça reste de la chance, alors qu’est-ce que tu attends ? Saisis-là !
À tous mes amis Free et indépendants qui se plaignent : il suffit d’être salarié dans une boîte, de se coltiner un boss voire plusieurs, des collègues pas toujours drôles ou plaisants, des contraintes d’environnement, des horaires fixes. Bref une sacrée aubaine 🙂 Il ne vous reste plus qu’à mettre fin à votre liberté, flexibilité, à vous coller des chefs, signer un contrat qui vous oblige à être au bureau à telle heure et repartir à telle autre. Et hop, vous avez droit à des vacances ! Magique hein ?!

Pour un salarié français 5 semaines de vacances ce n’est pas de la chance c’est un droit. Et bien mérité.

 

○ Autre exemple : le voyage ○


Exemple n°2« Tu pars au Japon ? Mais quelle chance ! »
Non mais je n’ai pas gagné mon voyage dans un Kinder Surprise, les gars !
En quoi est-ce une chance ?

Je répète :

La chance c’est quand un truc génial te tombe dessus et que tu n’as rien fait pour ça

J’ai passé des heures à vérifier les itinéraires, à calculer le budget, la faisabilité du voyage. Un temps que les gens ont souvent la flemme de prendre j’ai remarqué d’une. Et deux, j’ai bossé 2 fois plus pour me payer ce voyage (70 heures par semaine ce début d’année), épargné à mort, sacrifié des sorties et évité les soldes. Zéro vie sociale, achats réduits au minimum, pas de plaisirs persos.

Ce n’est pas une chance mais un choix, du taf, une organisation. Quelque chose qui ne me tombe pas tout cuit dans les mains. T’as deux bras, deux jambes un cerveau toi aussi tu peux réserver un billet et voyager ! Lol
Obtenir les choses par le travail n’est pas de la chance : c’est le fruit de pas mal d’efforts.

– Oui mais moi je suis pas toute seule et j’ai des enfants…
Là en revanche, c’est moi qui peut dire : « Tu as de la chance d’en avoir » car ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir des enfants…
Quand on fait le choix d’une famille, ça demande aussi des sacrifices. C’est un choix de vie.
Et certaines familles s’organisent très bien pour voyager avec un budget serré. Donc mauvaise excuse.

 

Bref ça me gonfle tellement quand on me dit que j’ai de la chance de voyager. À côté, il y a tellement de sacrifices, comme le temps passer à dénicher les meilleures offres en matière de vol et d’hébergement, ou éviter certains achats, vivre dans un tout petit appartement…
Dire que j’ai de la chance, c’est atténuer mes  efforts et penser que j’en fous pas une.

Je constate surtout un désengagement total, la peur de se dévoiler, d’exprimer un désir. Un certain ressentiment parfois.
C’est la facilité, la frustration ou l’envie de cacher ses sentiments qui vous pousse à me dire que j’ai de la chance. Car en vrai, vous devriez dire :

– Je t’envie…

Beaucoup.

Merci.

La langue française vous remercie.
(Fallait pas m’énerver…)

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9 commentaires

Le blog de Lili 25 octobre 2017 - 16 h 03 min

Ahhh le sujet des vacances, tout un poème…
+ 1000 sur chacune des lignes de ton article !

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glose 26 octobre 2017 - 10 h 52 min

Ahaha !Je vois qu’on a dû te faire la réflexion aussi alors 🙂

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Le blog de Lili 26 octobre 2017 - 11 h 01 min

Jusqu’à mon oncle qui chouine auprès de ma mère : « moi, mes enfants…. gnagnagna ». Le jour où les gens comprendront que chacun gère son argent à sa manière…
Quant au boulot… Toujours un psychodrame quand je veux une semaine alors qu’on ne fait pas de point sur les congés des autres si je suis là.
Et les enfants… Je serai ravie de mettre les vacances off le jour où j’aurai le plaisir d’en avoir.
Bref 😉

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glose 26 octobre 2017 - 11 h 15 min

On est sur la même longueur d’onde à 100% dis donc !
(ça me rassure aussi un peu)

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Laure 26 octobre 2017 - 16 h 48 min

Entièrement d’accord avec toi…
Un autre exemple : mon boulot (à l’époque où j’étais pas free :p ) m’a donné l’opportunité de me reconvertir… le nombre de personnes qui m’ont dit que j’avais de la chance… « heu non les gars j’ai été voir la DRH, j’ai bossé, prouvé que je pouvais y parvenir… » Bref c’est tout sauf de la chance.
Mais comme tu dis, derrière cette petite phrase se cache en fait un énorme « JE T’ENVIE »… car la plupart des gens n’osent pas : ils n’osent pas demander une promotion ou un changement de poste, ils n’osent pas rechercher pendant des heures des billets d’avions, des chambres d’hôtel à l’autre bout de la planète… c’est tellement plus facile et rassurant de rester chez soi, dans sa petite vie avec ses petites habitudes et d’envier ceux qui osent, et c’est tellement plus facile de se retrancher derrière l’excuse des enfants (on m’a dit plus d’une fois « oui mais pour toi c’est plus facile » sous entendu « tu n’as pas d’enfants »…) : ouais bien merci mais à une époque j’aurai préféré en avoir 😉
Bref, c’est malin tu m’as énervée pour le coup ^_^
biz

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glose 27 octobre 2017 - 12 h 35 min

Merci pour ton témoignage 🙂 Il est excellent !
Il montre que dans un tout autre contexte, les gens préfèrent aussi dire « t’as de la chance » pour non seulement atténuer tous les efforts que t’as fournis (car eux en sont sûrement incapables) et en plus t’envie dans vouloir te le dire. Une phrase qui devient « lâche » et trop facile au final.
Idem pour les enfants. J’aurais aussi préféré mais je ne vais pas me morfondre dans un coin alors autant profiter autrement.

Désolée de t’avoir énervée !

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Laure 27 octobre 2017 - 19 h 23 min

t’inquiète ça redescend aussi vite que c’est monté avec moi 🙂

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http://www.dayindayoff.com/ 26 octobre 2017 - 23 h 59 min

hello,
Nouvelle lectrice que je suis, je trouve ces quelques lignes sont fort inspirantes!
Parfaite analyse de ce monsieur professeur!
C’est un mauvais usage de la langue « la chance », mais bien révélateur finalement.
Au plaisir de te lire prochainement!
Sarah.
http://www.dayindayoff.com/

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glose 27 octobre 2017 - 12 h 50 min

Heureuse que ces quelques lignes puissent t’inspirer, nouvelle lectrice 🙂
Cette phrase m’agaçait et j’ai essayé de comprendre pourquoi. Et c’était le fait de minimiser mes efforts et mes sacrifices. Mais aussi cette lâcheté qui préfère occulter le fait que ces gens m’envient mais ne veulent pas le dire 🙂

Merci pour ton commentaire qui me touche et j’espère que mes prochains billets « humeur » te fasses autant plaisir 🙂

PS : au passage, tu as un joli blog 🙂

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