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Mon papa… mon héros

written by Glose 31 janvier 2017
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En décembre dernier, j’ai lu le témoignage d’un père : « Voyage au pays des sexistes et homophobes« . Au-delà du sujet de la théorie du genre, c’est l’amour d’un père à son enfant qui m’a émue.
La valse des souvenirs d’enfance liés au mien a resurgi …

 

○ Mon papa… ○


Je ne parle jamais de mon père.
En revanche, ma mère, c’est une toute autre histoire. Apparaissant de manière furtive sur le blog, j’ai un rapport assez « lol » ici avec son personnage virtuel. Bien que dans la vie, ce n’est pas tout à fait pareil même si ça se « lolélise » au fil des années : les parents plus ils vieillissent plus ils se lâchent. Une petite retraite, plus de job donc plus de responsabilités, ni d’enfants à charge, ils sont beaucoup plus détendus. C’est la fête du slip tous les jours chez moi… enfin chez eux quoi.

Mais entre mon père et moi, il y a toujours eu beaucoup de pudeur.
Je ne sais pas si l’origine vient du jour où fan de la chanson « Lemon inceste« , je demandais à mon père avec toute l’innocence de mes 7 ans :
– « Moi aussi tu me fais l’inceste » ?
Sans avoir la moindre idée du sens de ce mot.
J’ai su beaucoup plus tard qu’il a été horrifié et a instauré une distance concernant les contacts rapprochés. Ainsi, le jour où nous regardâmes ensemble le film culte « La fureur de vivre », la scène où Natalie Wood se fait gifler par son père parce qu’elle lui a claqué la bise, il réagit : « Tu vois ! Ça ne se fait pas d’embrasser son père quand on est plus un bébé !« .
Pendant des années, j’ai vu mon père comme une personne froide, sévère et pas très affectueuse.
Et pourtant…

 

Tout ce que mon père me martelait, je l’interprétais comme une leçon de moral, un plaisir non simulé de faire chier les jeunes, un truc de vieux quoi. J’hochais la tête inlassablement en signe de « oui-oui » pour accéder à une paix provisoire. Mais je n’y pensais rien. À 10 ans, j’avais autant envie de me pendre que de suivre les retours d’expérience de mon père.
Alors qu’au fond, il voulait juste m’outiller pour l’avenir et surtout : m’apprendre à être LIBRE. Mais l’apprentissage de la liberté me paraissait tortueux et contraignant : obligation d’aller à l’université, d’avoir son permis B donc conduite accompagnée dès 16 ans avec cours le dimanche aprem’ dans les parkings. En me répétant :
– « Je n’ai jamais été aussi libre le jour où j’ai eu le permis de conduire. »
– » Oui oui. Tu me l’as déjà dit… »

Il m’imposait l’exercice régulier d’un sport et de continuellement m’instruire même quand je n’irais plus à l’école.
– « Oui ben pour l’instant, j’y suis toujours. Donc laisse-moi regarder mon dessin animé… »
Et surtout, il me serinait de ne jamais dépendre de personne et surtout pas d’un homme.
Et moi je marmonnais :
« Punaise il va me faire chier longtemps…« .

Bref, j’avais aucune liberté pour m’approprier cette satanée liberté qu’il revendiquait.

 

Mais je n’avais rien compris.
20 ans après, c’est différent. Notamment en comparant son enfance à celle des autres et en écartant de sa mémoire ce sentiment subjectif d’exaspération…

 

 

○ Mon éducation ○


 

Mon papa… C’est un féministe sans le savoir.
Il ne m’a jamais élevé comme une fille mais comme un adulte en devenir.

Dès mes 5 ans, il ne voulait pas que j’apprenne à cuisiner, les bouquins s’en chargeraient.
(on saisit mieux le trou béant dans mes connaissances culinaires aujourd’hui…).
Pour lui, l’essentiel de mon éducation résidait dans les études et le sport.  Il m’a élevée comme un « garçon manqué » si on reprend cette terminologie des années 80.
Je me souviens d’étés caniculaires où on était tout heureux mon frère et moi d’aller se baigner au lac. Mais pendant que mon petit frère bâtissait des châteaux de sable avec ma mère, moi je devais me coltiner 30 minutes de running sous 30 degrés autour d’un autre lac avant de mériter me baigner.
Je faisais mon Caliméro, « C’est trop injuste« , je boudais, je tapais des pieds, je pleurais mais je n’avais pas le choix.
Le dimanche matin, toute l’année, c’était l’horreur. J’étais dispensée de corvées ménagères mais je devais courir encore une bonne vingtaine de minutes jusqu’au stade Bachelard pour… encore me retaper des tours autour d’un stade. Je trouvais ça débile. Il m’est arrivée de faire le pied de grue en hurlant que mon rêve était de rester à la maison et de passer l’aspirateur avec maman. Mais ma mère pas solidaire pour un sou :
« – Va courir ! »
Je les ai HAÏS.

Il me faisait jouer au foot avec les garçons du quartier, organiser des sprints sur 60 mètres et je voyais la fierté dans ses yeux quand il voyait sa fille battre tous les mecs et même arriver en tête d’un cours de natation à 9 ans avec des mecs de 13 ans.
(Bon… dès que j’ai été « réglée », s’en fut terminé des exploits sportifs. Les seins ont poussé, les hanches ont suivi, j’étais cramée. Mon nouveau corps a pulvérisé mon aérodynamisme d’enfant. Je ne fus jamais la future Jeannie Longo comme il en rêvait). 

J’ai compris plus tard que tout ce qu’il aspirait outre me garder en excellente santé, était tout simplement de passer le maximum de moments précieux avec moi. Ce que je prenais moi pour une corvée…

Chaque matin, levée à 6h du mat’, mon père n’emmenait chez ma nourrice.
Sur le trajet :
C’est pas juste ! Je suis la seule petite fille au monde qui se lève tôt…  J’ai 6 ans, je suis au bout de ma vie…
Mon père me laisser chouiner sans répondre. Ça me crispait d’autant plus d’être incomprise et pas entendue.
– T’es méchant !!
Même quand il n’était pas là, il s’imposait. Chaque matin, ma nourrice devait me faire recopier un long article de Pèlerin Magazine avant d’aller à l’école. Le samedi soir, je voulais regarder Disney Channel, j’avais droit à une heure de division à quatre chiffres avant de regarder. Si j’avais fait un sans-faute, je pouvais regarder.
Moi je me disais, tout ça sert à rien je ne pouvais pas être plus intelligente qu’un garçon. Pour mon père c’était des grosses conneries, j’étais surtout paresseuse…
Je trouvais le monde injuste car je me sentais toujours punie :  mon père me donnait des devoirs supplémentaires que mes camarades de classe n’avaient pas. Plus le lever tôt du dimanche matin pour courir… je voyais l’enfance comme un calvaire 🙂
(Aujourd’hui, je ne me lève pas avant 12h… j’ai des années à rattraper hein…)

Mais il y a eu des supers moments aussi…

 

○ Les jolis moments


 

Quand on regardait Indiana Jones dans le couloir de l’appartement avec la petite télé de la cuisine tournée vers l’extérieur de la pièce. Je n’arrive pas à me souvenir pourquoi il avait fait ça, alors qu’on avait un salon avec canapé d’angle et grande télé. Il avait posé des matelas dans le couloir avec couverture pour se faire un home cinéma de SDF. Le truc complètement bric-à-brac mais rigolo.
J’ai le souvenir de m’être extasiée devant une danseuse de flamenco à la télé car j’aimais sa longue robe qui virevoltait. Il me « bricola » la même avec une couverture fine à petites franges et me faisait tourner. Je n’arrêtais pas de tomber et de rire de la sensation étrange du tournis et je répétais « encore !« . Mon père me remettait la couverture en place pour qu’elle ressemble à une robe.
Un des plus beaux jours, c’est quand on a eu deux circuits électriques. Ils prenaient tellement de place. Plus les jouets étaient grands et imposants, plus ils étaient forcément les meilleurs du monde. J’adorais les courses de voitures télécommandées. Jusqu’au jour où mon frère commanda une console Nintendo et s’en fut finit des trains électriques et voitures. Bonjour Mario et ses tuyaux. Elle fit une heureuse la console : ma mère qui en avait marre qu’on prenne la table de la salle à manger pour un circuit de course matin, midi et soir. Le bruit avec.

On ne manquait de rien : mon frère et moi étions hyper gâtés à Noël. À cette époque, je me disais qu’on était très riche alors que mes parents étaient de simples fonctionnaires.
Mon père avait aussi mis en place un système de points : à chaque fois qu’on faisait la vaisselle, le ménage, etc., il signait chaque tâche ménagère effectuée dans une colonne. Plus je cumulais de signatures, plus j’avais d’argent et le droit de m’offrir un cadeau lorsque ma mère faisait les courses. Elle n’était pas d’accord avec ce système. Alors mon père prenait sur ses économies pour nous offrir nos petits jouets.

 

 

○ Aujourd’hui ○


 

Aujourd’hui, il pense que j’ai toujours 7 ans. Enfin parfois. La semaine dernière, il m’a envoyée des tables « Hello Kitty ». (Oui je suis à la recherche d’une table). Là c’est en mode kikoolol gentil mais parfois c’est un peu relou. J’espère qu’il est fière de sa fille aujourd’hui. Même si elle ne sait pas se servir d’une poêle…

À Noël dernier, on parlait d’avoir des enfants.
(Scoop : je vais bientôt être tata…)
Il sait que ça me rend un peu triste de ne pas en avoir eu même si aujourd’hui je me sens un peu détachée.
Alors il m’a parlé sur un ton mi-enfant mi-rassurant :
–  « Quand tu es venue au monde, ce fut le plus beau jour de ma vie. C’était 1000 fois mieux, bien plus fort que d’avoir une Rolls ou conduire une Ferrari ».
Je ris, je souris.
– « Quand j’étais petit, on était pauvre. À Noël, on avait droit à une seule orange. Je me suis juré que plus tard quand je serais papa, je ferais tout pour que mes enfants aient tout ce que je n’ai pas eu. Tu as tout eu. Tu n’as pas de revanche à prendre sur la vie contrairement à moi. Tu es mieux sans. C’est très dur d’avoir des enfants. Profite de tout ce que je n’ai pas eu. a-t-il dit avec un sourire
– Oui papa…

papa

Je pose avec la casquette de vélo de mon père, photos prises par lui ou avec lui

 

 

Difficile de faire plus touchant, de voir ce papa essayer de rassurer sa fille. Il a le don de dédramatiser une situation en disant des conneries tout en étant empreint de vérité, mon père.

On ne peut pas tout avoir dans la vie.
Moi j’aurais eu au moins le meilleur des papas…

 

 

 

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