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Made in Paris-Delhi-Bombay

written by Glose 27 septembre 2011

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Une expo singulière et engagée qui laisse des traces…

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Pendant quatre mois, le Centre Pompidou a présenté  Paris-Delhi-Bombay, exposition accueillant les regards croisés de cinquante artistes indiens et français. Ils nous livrent leur éclairage et leur perception des mutations de la société indienne pour répondre à cette question : « Où en est l’Inde aujourd’hui?. » Prenant en compte le phénomène de la mondialisation artistique, le but du projet était de faire dialoguer les deux cultures, à travers six thématiques (politique, religion, identité, urbanisme, artisanat et foyer).

Et donc, Paris-Delhi-Bombay n’est nullement une expo sur l’art indien. A bon entendeur.

Abonné aux records, l’Inde est la plus grande démocratie du monde, un acteur économique de premier ordre et le deuxième pays le plus peuplé de la planète. Le sous-continent indien ne laisse pas indifférent par son cinéma, sa gastronomie mais aussi ses injustices, sa pauvreté, sa densité, ses castes, ses moeurs. Pays riche d’histoire et de culture, il fascine par ses contradictions, ses couleurs, son urbanisation, ses croyances, ses religions, la diversité de sa population. De cette effervescence, les artistes ont su recréer symboliquement par leur œuvre, l’état de la société indienne actuelle.

Pour ceux qui l’ont ratée, voici une sélection d’œuvres qui m’a marqué visuellement et émotionnellement.

 

1) Les œuvres françaises

Certaines installations d’artistes français ne semblent ne pas avoir leur place.
Exception : les œuvres de Philippe Ramette l’Installation (Place publique d’intérieur) et de Alain Declercq « Borders/Pakistan » La première représente une fillette en bronze qui se hisse sur un socle en pierre pour devenir une statue, enfreignant les règles définit par le périmètre. Son installation est un éloge de la désobéissance qui résonne avec les révoltes contemporaines. La seconde « s’empare de la frontière entre l’Inde et le Pakistan et matérialise avec des impacts de balles sur trois panneaux le cliché qu’il a rapporté de cette zone de tension« . Celui qui respecte le mieux l’exercice du dialogue entre Paris et Bombay est Leandro Erlich avec « Le regard » grâce à la reconstitution d’une chambre parisienne dont les fenêtres donnent sur Bombay (projection d’images vidéo). Paris adopte une position de voyeur, observant Bombay de son confortable appartement sans être vue…

Mise à part ces exceptions, les installations françaises sont plutôt « décoratives » voire à côté du sujet, elles sont peu concernées par les véritables enjeux de l’Inde moderne. Le dialogue, le « pont entre les 2 cultures » censé être jeté, je ne l’ai guère perçu. Je ne les citerai pas, je les ai quasi oubliées sauf celle de Gilles Barbier. Il paraîtrait que la compréhension du « Game of life » est plus claire après avoir lu l’explication. Mouais, pas si sûr. En gros, son installation n’a pas été conçue dans le cadre de cette expo, ni en pensant à l’Inde mais il a trouvé une opportunité et l’argument de la « structure » pour justifier ce choix. Je vous laisse vous faire votre propre opinion, en compagnie de ses nains ci-dessous et l’explication :

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Elle est pas zolie cette installation ? Non, mais j’ai comme l’impression de n’être pas la seule à me poser des questions…
(Artiste : Jean Michel Othoniel)

 

Bon, c’est sûr, l’univers kitch et sensuel de Pierre et Gilles colle parfaitement à l’iconographie indienne, s’inspirant des icônes religieuses et l’esthéstisme de Bollywood. Mais ça reste un peu cliché par rapport à la problématique soulevée par l’exposition…

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En comparaison, les œuvres indiennes sont plus insolentes et « fortes » par le message qu’elles véhiculent. C’est à se demander lequel des deux pays est celui de la liberté d’expression…

Bon. Finish l’Inde fantasmée, on passe aux choses sérieuses.

 

2) Les conditions de vie de la femme

Vous imaginez bien…
Elles sont bien évidemment déplorables et les artistes le démontrent avec violence. Un thème qui m’a particulièrement touchée.

Atul Dodiya avec « Mahalaxmi » dénonce le système de la dot qui provoque toujours aujourd’hui de nombreux suicides. Sur un store métallique, elle a peint la déesse hindoue Mahalakshmi, souriante, comme le font les commerçants indiens sur leur devanture de magasin, dans l’espoir qu’elle leur apportera la prospérité. Une fois le store remonté,  il laisse ici apparaître le suicide collectif de trois soeurs, pendues dans l’arrière-boutique, dont la famille n’a pu payer la fameuse dot exigée pour leur mariage.

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Voici un panneau comportant des affiches dénonçant le sort de la femme en Inde

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Une des œuvres les plus difficiles. Tejal Shah l’intitule « sans titre (sur la violence)« . Elle s’empare du thème des Hijras (le 3e genre), communauté de plus en plus méprisée. Par un tryptique multimédia mêlant, video, photo et textes sur panneaux lumineux, l’installation témoigne du viol d’une hijra. Au centre, cette photo (ci-dessous) où une hijra est allongée sur le sol, meurtrie se faisant souiller d’urine par un policier. A droite, un écran fait défiler les images du visage d’un hijra silencieuse, défigurée par les coups. Et à gauche, le récit de l’agression défile en lettres rouges. On en sort un peu bouleversé.

(Cherchez pas… j’ai pas pris de photos…)

 

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3) La politique

Théâtre d’une scène artistique émergente, les œuvres indiennes présentées sont fertiles, vivaces, voire violentes, empreintes d’une dimension sociologique et politique.

Une œuvre qui fait l’unanimité : Sunil Gawde, Virtually Untouchable, 2007

Des guirlandes de fleurs rouges (utilisées lors des cérémonies religieuses en signe de respect) posées sur une chaise, attirent le regard. De près, on s’aperçoit qu’elles sont composées de lames de rasoir, couleur sang. L’artiste rappelle l’assassinat de Rajiv Gandhi, perpétré par une terroriste qui avait dissimulé un explosif dans une couronne de fleurs.

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« Half-widows », Shilpa Gupta
Vidéo mettant en lumière le drame des femmes qui attendent vainement leurs maris partis combattre au Cachemire.

 

« Remembering Mad Meg », Nalini Malani
Cette installation est censée instaurer un climat menaçant, de malaise, mais je la trouve plutôt onirique. Ah les interprétations….

 

4) Le phénomène d’industrialisation galopante

L’urbanisation croissante des mégalopoles est effrayante. La preuve en maquettes :

« My hands smell of you », Krisnajarad Chonat
Dès l’entrée de l’expo, est installé un tableau double-face. D’un côté, un gigantesque mur de déchets informatiques : fils, claviers, arrières d’écrans, disques durs. De l’autre, un mur entier de savons de santal. Cette œuvre parle de la faculté d’adaptation des Indiens : aujourd’hui, 98 % du santal respiré en Inde est issu d’odeurs de synthèse…

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« Think Left, Think Right, Think Low, Think Tight », Hema Upadhyay

L’idée est de créer un couloir oppressant où les deux parois sont les maquettes reproduisant en miniature le bidonville le plus grand de l’Inde « Dhavari », situé au cœur de Bombay. Il a été créé en morceau de tôles, des fils électriques et des boîtes en carton.

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« Barricade », Vivan Sundaram
Villes créées à partir de déchets…

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Et pour finir

Je n’ai pas osé la prendre en photos, mais la collection la plus macabre de cette manifestation est  : les sculptures étranges d’Anita Dube. Accrochez-vous bien : elles sont faites à partir d’os humains, garnis de velours, de perles, de paillettes et de dentelles.  Une œuvre dérangeante, située entre sexe, religiosité et mort…

Mais j’ai préféré terminé mon post sur un tableau joliment pudique avec un message universel : faire l’amour c’est bien, mettre une capote c’est mieux !
(si si… il y a des explications sur la couverture…)

« Put it on again », Thukral et Tagra

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Vous l’avez compris. Paris-Delhi-Bombay était à voir…

 

 



Partages

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  • J’ai eu du mal à être touchée par cette expo dont les oeuvres françaises m’ont énervée (et qui prenaient tout de même une large place). Le discours autour de l’échange m’a semblé bien hypocrite. Mais il en demeure des oeuvres indiennes très fortes !

    • Glose

      Je suis un peu rassurée… je ne suis pas la seule à m’être interrogée sur la place des œuvres françaises et de ce prétendu dialogue entre Paris et les deux villes indiennes…

  • Les lectures d’Anna

    Dans cette expo, certaines oeuvres m’ont marqué. Elles étaient uniquement indiennes (par exemple, la représentation du bidonville). Quant aux oeuvres françaises, no comment…

    • Glose

      Moi qui avais peur de ne pas saisir la subtilité de la « french touch »…
      Je vois que mon ressenti est plutôt partagé !